Léon XIV refuse que la vieillesse devienne un oubli
À deux jours de la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, le pape fait de la fragilité un appel à la tendresse, à la transmission et à la paix.
Saint du jour : saint Charbel Makhlouf, l’ermite libanais canonisé à Rome
L’Église célèbre le 24 juillet saint Charbel Makhlouf, moine et prêtre de l’Ordre libanais maronite. Né sous le nom de Youssef Antoun Makhlouf, il choisit la vie monastique puis, à partir de 1875, l’ermitage, le silence et la prière. Sa réputation de sainteté se répandit bien au-delà du Liban après sa mort.
Paul VI le canonisa dans la basilique Saint-Pierre le 9 octobre 1977. Le pape présenta alors saint Charbel comme un artisan de paix et comme le témoin d’une vie contemplative dont l’Église et le monde moderne ont toujours besoin. Sa canonisation manifesta aussi la communion entre Rome et l’Église maronite.
Summarium Latine
Dum Ecclesia Sextum Diem Mundialem Avorum et Personarum Aetate Provectarum celebrare parat, Leo XIV omnes hortatur ne senes oblivioni tradantur. Fragilitas non dignitatem minuit, sed ad mutuum auxilium, ad teneritudinem et ad pacem nos vocat. Pontifex iuvenes rogat ut avos suos atque personas solitarias visitent, quia Deus neminem umquam obliviscitur.
L’actualité publique de Léon XIV demeure relativement limitée en ce vendredi 24 juillet 2026. Le pape poursuit son séjour estival à Castel Gandolfo et aucune grande réforme de la Curie ou nouvelle intervention diplomatique ne domine les publications officielles disponibles au moment de la rédaction.
Le calendrier de l’Église offre cependant un sujet particulièrement fort. Le dimanche 26 juillet sera célébrée la sixième Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, instituée par François en 2021 et reprise cette année par Léon XIV. Le thème choisi par le pape est tiré du prophète Isaïe : « Je ne t’oublierai jamais. »
Ces mots répondent à une souffrance que le pape considère comme l’une des plus profondes de la vieillesse : l’impression de ne plus intéresser personne.
Dans son message, Léon XIV évoque les maisons où règne la solitude, mais aussi certains établissements de soins où la singularité d’une personne risque d’être effacée derrière le numéro de son lit ou le nom de sa maladie. La vieillesse peut alors devenir une sorte d’effacement progressif, comme si le visage, l’histoire et les liens d’une personne perdaient leur importance à mesure que son autonomie diminuait.
Dieu n’oublie aucun visage
Le pape ne répond pas d’abord par un programme social. Il commence par une affirmation théologique : Dieu n’oublie personne.
L’image employée par Isaïe est celle d’un visage gravé dans la paume des mains de Dieu. La personne âgée peut être oubliée par ses voisins, ses institutions ou même sa famille, mais elle ne disparaît jamais du regard divin.
Cette conviction ne dispense pas les chrétiens d’agir. Elle les oblige au contraire à rendre visible la fidélité de Dieu. Léon XIV demande particulièrement aux jeunes de reprendre l’habitude de visiter leurs grands-parents, les personnes âgées de leur famille et celles qui ne reçoivent plus aucune visite. La promesse « Je ne t’oublierai jamais » doit prendre la forme concrète d’une rencontre, d’une conversation et d’une présence affectueuse.
Le geste proposé paraît modeste. Il ne demande ni campagne nationale ni structure nouvelle. Il exige toutefois une chose devenue rare : donner du temps à une personne qui ne peut peut-être plus nous offrir ni efficacité, ni influence, ni avantage immédiat.
Léon XIV oppose ainsi la proximité réelle à l’illusion d’une société très connectée mais parfois incapable de demeurer auprès d’une personne lente, malade ou dépendante. Les technologies multiplient les moyens de communication, mais elles ne remplacent pas la présence d’un visage, d’une voix et d’une main.
« N’ayez pas peur de la fragilité »
Le passage le plus marquant du message s’adresse directement aux personnes âgées : « N’ayez pas peur de la fragilité ! »
Le pape ne cherche pas à embellir artificiellement le vieillissement. Il reconnaît la fatigue, la dépendance, la maladie et les questions spirituelles qui peuvent surgir lorsque les forces diminuent. Mais il refuse que la fragilité soit confondue avec l’inutilité.
Dans une culture qui mesure facilement la valeur d’une personne à sa capacité de produire, de consommer ou de vivre sans l’aide des autres, la dépendance devient presque honteuse. Léon XIV renverse cette perspective : reconnaître sa fragilité peut ouvrir le cœur au soutien mutuel et rappeler que personne ne s’est construit seul.
L’autonomie est un bien, mais elle ne constitue pas toute la dignité humaine. Un enfant dépend des autres, un malade dépend des soignants, une personne âgée peut dépendre de ses proches. Cette dépendance ne les rend pas moins humains. Elle révèle plutôt que l’existence est, depuis son commencement, une relation reçue.
Cette pensée prolonge l’intention de prière choisie par Léon XIV pour le mois de juillet, consacrée au respect de la vie humaine depuis son commencement jusqu’à sa fin naturelle. Le pape y demande notamment de prendre soin de la fragilité avec tendresse et de protéger ceux qui n’ont pas de voix.
Vieillir peut aussi signifier renaître
Léon XIV introduit également une idée moins souvent abordée : il n’est jamais trop tard pour commencer ou reprendre une vie spirituelle.
Certaines personnes atteignent un âge avancé sans avoir réellement connu la foi. D’autres se sont éloignées de l’Église depuis plusieurs décennies. La vieillesse ne doit pas être considérée comme une période où tout serait définitivement joué. Elle peut devenir le moment d’un retour, d’une réconciliation ou d’une découverte de la tendresse de Dieu.
Le pape va jusqu’à parler d’une possible nouvelle naissance dans la vieillesse. La diminution des forces ne signifie donc pas que toute vocation aurait disparu. La prière, l’intercession, la transmission de l’expérience et l’attention portée aux générations suivantes demeurent de véritables missions.
Léon XIV remercie d’ailleurs les personnes âgées qui prient quotidiennement pour lui, particulièrement par le rosaire. Il leur demande aussi de prier pour la paix et pour le monde dans lequel grandiront leurs petits-enfants.
La vieillesse n’est donc pas présentée comme une salle d’attente avant la mort. Elle reste un âge de l’appel chrétien.
Une question de famille, mais aussi de civilisation
L’abandon des personnes âgées ne peut pas être réduit à la seule responsabilité des familles.
Léon XIV reconnaît que certaines séparations sont provoquées par les migrations économiques, les guerres ou la nécessité de travailler loin de ses parents. Il dénonce aussi une économie principalement tournée vers le profit, qui fragilise les liens familiaux et laisse peu de temps pour les relations non productives.
La solitude des aînés devient ainsi le symptôme d’un modèle social. Une société qui valorise uniquement la rapidité, la performance et l’indépendance finit nécessairement par regarder avec gêne ceux qui avancent plus lentement.
Le pape n’oppose pas les générations. Il leur demande de se rencontrer. Les jeunes peuvent offrir leur présence, leur énergie et leur maîtrise du monde contemporain. Les personnes âgées peuvent transmettre une mémoire, une expérience des épreuves et une perception du temps moins soumise à l’urgence.
Cette transmission ne doit pas devenir une idéalisation automatique des anciens. L’âge ne garantit ni la sagesse ni la vertu. Mais une société qui rompt systématiquement avec ceux qui l’ont précédée se condamne à recommencer les mêmes erreurs en croyant toujours les découvrir.
Un traitement médiatique principalement catholique
La presse catholique française a surtout retenu la dénonciation de l’abandon. KTO présente le message comme une intervention contre l’effacement social des personnes âgées, tandis qu’Aleteia l’inscrit dans l’ensemble des prises de position de Léon XIV sur la dignité de la vie, la fragilité et la fin de vie.
Les grands médias généralistes français ont, jusqu’à présent, accordé une place plus réduite à cette Journée mondiale. Il s’agit moins d’un désaccord idéologique que d’un biais de sélection : une visite diplomatique, une polémique ou une déclaration politique attirent davantage l’attention qu’un appel à rendre visite à une personne isolée.
Ground News répertorie un sujet antérieur consacré au rôle des personnes âgées comme « maîtres de vie », mais la recherche effectuée n’a pas fait apparaître de dossier comparatif important spécifiquement consacré au message du 26 juillet. Il n’est donc pas possible de donner honnêtement une répartition gauche, centre et droite pour cette actualité précise.
Le contraste demeure révélateur. Le message est peu spectaculaire, mais il touche à une question fondamentale : une société reconnaît-elle encore la dignité d’une personne lorsque celle-ci ne peut plus rien prouver, produire ou conquérir ?
Les brèves du pape et du Vatican
Léon XIV à Subiaco, sur les pas de saint Benoît
Après sa visite au sanctuaire de la Très-Sainte-Trinité de Vallepietra, Léon XIV s’est rendu le 22 juillet dans les monastères bénédictins de Saint-Benoît et de Sainte-Scholastique à Subiaco. Cette visite privée a comporté des temps de prière et une rencontre avec les communautés monastiques.
Le déplacement confirme l’importance accordée par le pape, pendant son repos estival, aux lieux de silence, de vie commune et de tradition monastique.
Affaire Rupnik : aucune décision annoncée
Le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a démenti les informations affirmant qu’une décision aurait déjà été prise par les juges chargés du dossier concernant Marko Ivan Rupnik.
L’examen canonique se poursuit. Le collège étudie les documents transmis par les diocèses concernés, les jésuites, les personnes impliquées et différentes sources publiques. Le Saint-Siège précise qu’aucune information sur les travaux en cours ne peut être diffusée avant l’achèvement de la procédure.
Création : des équilibres fragiles à Castel Gandolfo
Le Borgo Laudato si’ accueille jusqu’à la fin du mois de juillet l’exposition photographique « L’Homme et la Nature : des équilibres fragiles ».
Organisée avec la Fondation Prince Albert II de Monaco et la Fondation Jean-Paul II pour la jeunesse, elle met en lumière la biodiversité, la vulnérabilité des écosystèmes et la responsabilité humaine envers la création.
Le repos estival se poursuit
Léon XIV doit demeurer à Castel Gandolfo jusqu’au 27 juillet. Les audiences générales, privées et spéciales sont suspendues pendant cette période. La reprise des audiences générales au Vatican est annoncée pour le 5 août.
Actualité du Vatican et de la Curie
L’activité institutionnelle du Saint-Siège se poursuit malgré l’allègement de l’agenda public du pape.
Les principales informations disponibles concernent actuellement la préparation pastorale de la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, la clarification de la procédure canonique dans l’affaire Rupnik et les initiatives culturelles et écologiques du Borgo Laudato si’.
Aucune réforme majeure de la Curie ne domine l’actualité de ce 24 juillet. Cette relative discrétion ne signifie pas que le gouvernement de l’Église soit interrompu. Elle correspond au rythme estival et à une actualité principalement pastorale plutôt qu’institutionnelle.
Éphéméride de la papauté
24 juillet 2013 : François à Aparecida, sous le regard d’une Mère qui n’oublie pas
Le 24 juillet 2013, pendant les Journées mondiales de la jeunesse de Rio de Janeiro, le pape François célébra la messe dans le sanctuaire brésilien de Notre-Dame d’Aparecida.
Il confia son ministère et les peuples d’Amérique latine à la Vierge Marie, qu’il présenta comme une mère attentive à la vie de ses enfants. Après la célébration, s’adressant spontanément à la foule depuis le balcon de la basilique, François posa une question très simple : « Une mère oublie-t-elle ses enfants ? » La foule répondit non. Le pape ajouta que Marie aime ses enfants et prend soin d’eux.
Treize ans plus tard, le thème choisi par Léon XIV pour la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées fait directement écho à cette même image maternelle : « Je ne t’oublierai jamais. »
La continuité est profonde. François insistait sur une Église capable de prendre soin de ses enfants. Léon XIV demande maintenant que cette fidélité maternelle se manifeste auprès de ceux que l’âge, la maladie ou la solitude risquent de rendre invisibles.
Points à retenir
Le 26 juillet sera célébrée la sixième Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées.
Léon XIV a choisi pour thème : « Je ne t’oublierai jamais. »
Le pape demande particulièrement aux jeunes de visiter les personnes âgées et isolées.
Il refuse de confondre fragilité, dépendance et absence de dignité.
La vieillesse peut demeurer un temps de vocation, de conversion et de prière.
La couverture médiatique du sujet reste principalement catholique.
Saint Charbel Makhlouf, fêté le 24 juillet, fut canonisé à Rome par Paul VI en 1977.
Le Vatican confirme que la procédure concernant Marko Rupnik est toujours en cours.
Sources
Message officiel de Léon XIV pour la sixième Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées.
Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, présentation du thème et de la célébration du 26 juillet.
KTO, traitement du message sous l’angle de l’abandon des personnes âgées.
Aleteia, intention de prière de juillet pour le respect de la vie humaine.
Vatican News, notice consacrée à saint Charbel Makhlouf.
Paul VI, homélie de canonisation de saint Charbel.
Salle de presse du Saint-Siège, clarification concernant la procédure Rupnik.
Vatican News, exposition « L’Homme et la Nature : des équilibres fragiles ».
François, messe et paroles prononcées à Aparecida le 24 juillet 2013.
Pour aller plus loin
Léon XIV place le respect de la vie humaine au cœur du mois de juillet
La famille sera-t-elle le grand chantier pastoral de Léon XIV ?
À Castel Gandolfo, Léon XIV transforme les vacances pontificales en leçon de doctrine sociale
Léon XIV en France : faut-il conditionner la visite du pape à l’abandon de la loi sur l’euthanasie
?Commenter et s’abonner
La fragilité est-elle encore acceptée dans une société qui valorise l’autonomie, la rapidité et la performance ?
Une visite, un appel téléphonique ou une conversation régulière peuvent-ils réellement combattre l’isolement des personnes âgées, ou faut-il repenser plus largement l’organisation des familles, du travail et des établissements de soins ?
Partagez votre réflexion dans les commentaires et abonnez-vous à Actualités du pape Léon XIV pour suivre chaque jour le pontificat, le Vatican, la Curie romaine et l’histoire de la papauté.
Commentaires
Enregistrer un commentaire