Léon XIV, les luthériens et Haakon VIII : l’œcuménisme au seuil d’un nouveau règne

 

Deux jours avant la mort d’Harald V, le Pape recevait les évêques de l’Église de Norvège.





Saint du jour — Saint Augustin

L’Église célèbre le 28 août saint Augustin, évêque d’Hippone et docteur de l’Église. Converti après une longue recherche intérieure, il consacra une grande partie de son œuvre à l’unité de l’Église et à la puissance de la charité.

Augustin connut lui-même les divisions qui déchiraient le christianisme africain. Face au schisme donatiste, il défendit avec vigueur l’unité catholique, tout en rappelant que celle-ci ne pouvait être séparée de la vérité et de l’amour.

Sa fête accompagne singulièrement l’appel de Léon XIV aux catholiques et aux luthériens : la réconciliation ne consiste ni à ignorer les désaccords ni à renoncer à la doctrine, mais à reconnaître dans l’autre un frère baptisé avec lequel il faut chercher patiemment le chemin de l’unité.


Résumé en latin ecclésiastique

Biduo ante mortem Haraldi V, regis Norvegiae, Leo XIV Episcopos Ecclesiae Lutheranae Norvegicae in Vaticano recepit. Pontifex christianos hortatus est ut, communi Baptismo innixi, vias concretas reconciliationis, fraternitatis, pacis atque iustitiae quaerant. Die autem XXVIII mensis Augusti Haraldus V obiit, eique filius eius Haakon VIII statim successit. Novo regno incipiente, dialogus inter catholicos et lutheranos peculiarem vim symbolicam accipit in natione cuius historia et monarchia cum traditione evangelico-lutherana arcte coniunguntur.

Deux jours avant la mort d’Harald V, roi de Norvège, Léon XIV reçut au Vatican les évêques de l’Église luthérienne norvégienne. Le Pape exhorta les chrétiens, fondés sur leur baptême commun, à rechercher des voies concrètes de réconciliation, de fraternité, de paix et de justice. Le 28 août, Harald V mourut et son fils Haakon VIII lui succéda immédiatement. Au commencement d’un nouveau règne, le dialogue entre catholiques et luthériens acquiert une force symbolique particulière dans une nation dont l’histoire et la monarchie demeurent étroitement liées à la tradition évangélique-luthérienne.


Deux journées désormais liées par l’histoire

Le 26 août, Léon XIV recevait au palais apostolique les évêques de l’Église luthérienne de Norvège. Deux jours plus tard, le 28 août à 6 h 35, le roi Harald V mourait paisiblement à l’hôpital universitaire d’Oslo, à l’âge de 89 ans.

Son fils lui succédait immédiatement sous le nom de Haakon VIII. Devant le gouvernement réuni en Conseil d’État, le nouveau souverain confirma son nom de règne et annonça qu’il conserverait la devise de son père, de son grand-père et de son arrière-grand-père : « Alt for Norge » — « Tout pour la Norvège ».

La rencontre pontificale ne constituait évidemment pas une réaction à la mort du roi, qui n’était pas encore survenue. Il ne faut donc pas transformer la proximité des dates en prophétie ou en geste politique calculé.

Mais l’histoire crée parfois elle-même des rapprochements symboliques. Au moment où s’achève le règne d’Harald V et où commence celui d’Haakon VIII, l’appel de Léon XIV à renforcer la fraternité entre catholiques et luthériens prend une résonance particulière.


La bonté peut désarmer

Devant les évêques norvégiens, Léon XIV a décrit un monde traversé par une animosité croissante.

Cette hostilité ne se manifeste pas seulement dans les guerres et les conflits internationaux. Elle apparaît également à l’intérieur des nations, notamment dans l’amertume et l’agressivité qui caractérisent souvent le débat politique et social.

L’homme adopte facilement une attitude hostile envers celui qui ne pense pas comme lui. Le désaccord devient alors une raison de mépriser, d’exclure ou de caricaturer l’autre.

Face à cette logique, le Pape appelle à rechercher « des voies concrètes de réconciliation et de fraternité ». Jésus, rappelle-t-il, révèle une autre manière d’agir : la bonté et la charité possèdent le pouvoir de désarmer.

Cette affirmation ne concerne pas seulement les relations entre catholiques et luthériens. Elle vaut pour des sociétés européennes de plus en plus polarisées, où le langage politique tend à transformer tout adversaire en ennemi.


Le baptême avant les divisions

Léon XIV n’a pas prétendu que les différences doctrinales entre catholiques et luthériens auraient disparu. Il a choisi de partir de ce qu’ils possèdent déjà en commun : le baptême et la foi en Jésus-Christ.

Le baptême unit réellement les chrétiens, même lorsque la communion ecclésiale demeure imparfaite. Il donne une base spirituelle au dialogue et impose une responsabilité commune envers le monde.

Le Pape a ainsi prié pour que catholiques et luthériens puissent progresser ensemble dans le service de la paix et de la justice. L’œcuménisme ne doit pas rester réservé aux commissions théologiques et aux rencontres institutionnelles. Il doit produire des gestes visibles, des œuvres communes et une manière fraternelle de témoigner du Christ.

Même les petits gestes, a souligné Léon XIV, peuvent guider les chrétiens sur le chemin de la réconciliation.

Il ne s’agit donc ni de fabriquer artificiellement une unité ni d’attendre que toutes les difficultés soient résolues avant d’agir ensemble. La communion grandit lorsque les chrétiens prient, servent et affrontent ensemble les souffrances de leur époque.


La Norvège, monarchie de tradition luthérienne

L’arrivée d’Haakon VIII sur le trône donne une profondeur historique particulière à cette rencontre œcuménique.

La Réforme luthérienne fut imposée en Norvège en 1537, alors que le royaume se trouvait sous domination danoise. Le souverain devint le chef de l’Église et l’appartenance religieuse du roi détermina longtemps celle de la nation.

La liberté religieuse s’est progressivement développée. Depuis les réformes constitutionnelles de 2012, l’Église de Norvège n’est plus administrée comme autrefois par le roi et le gouvernement. Elle est devenue une personne juridique indépendante en 2017.

Elle conserve néanmoins un statut particulier. La Constitution la définit comme une Église évangélique-luthérienne établie et soutenue par l’État. Le souverain lui-même doit toujours professer la religion évangélique-luthérienne.

Haakon VIII ne devient donc pas le chef spirituel des luthériens norvégiens. Il incarne cependant une monarchie dont l’identité historique et constitutionnelle demeure inséparable du luthéranisme.

Le dialogue avec Rome touche ainsi quelque chose de plus profond qu’une relation entre deux administrations religieuses : il rencontre l’histoire même de la nation norvégienne.


Saint Olav et sainte Sunniva, une mémoire antérieure à la rupture

Léon XIV a proposé aux évêques luthériens deux figures particulièrement significatives : saint Olav et sainte Sunniva.

Saint Olav, roi de Norvège au XIe siècle, contribua à l’enracinement du christianisme dans le royaume. Mort à la bataille de Stiklestad en 1030, il devint le saint patron de la Norvège. Son tombeau à Nidaros — l’actuelle Trondheim — fit de la ville l’un des grands lieux de pèlerinage de l’Europe médiévale.

Sainte Sunniva, selon la tradition, était une princesse chrétienne qui trouva refuge sur l’île de Selja avant d’y mourir. Elle devint l’une des grandes saintes de la Norvège médiévale.

Ces deux saints appartiennent à l’histoire chrétienne du pays avant la séparation du XVIe siècle. Catholiques et luthériens peuvent donc reconnaître en eux une mémoire commune, même si la place accordée au culte des saints diffère profondément entre leurs traditions.

En les citant, Léon XIV ne contourne pas les divisions : il remonte à une source plus ancienne qu’elles.


Harald V, un roi de continuité

Harald V était monté sur le trône le 17 janvier 1991, à la mort de son père Olav V. Son règne de plus de trente-cinq ans accompagna la transformation de la Norvège en une société prospère, moderne et de plus en plus pluraliste.

Le souverain chercha à demeurer une figure d’unité au-dessus des partis. Son rôle apparut particulièrement après les attentats du 22 juillet 2011, lorsque le pays dut affronter l’une des plus graves tragédies de son histoire récente.

Malgré ses problèmes de santé, Harald V avait refusé d’abdiquer. Il considérait le serment prêté devant le Parlement comme un engagement pour la vie.

Dans son télégramme adressé à Haakon VIII, Léon XIV a rendu hommage aux nombreuses années de service dévoué du défunt roi et exprimé l’espoir que ce service continuerait à porter du fruit. Il a assuré de ses prières pour le repos éternel d’Harald V et invoqué sur le peuple norvégien la consolation et la paix de Dieu.


Haakon VIII, un règne qui commence dans le deuil

En Norvège, la Couronne ne reste jamais vacante. Dès la mort d’Harald V, son fils est devenu roi.

Haakon VIII inaugure ainsi son règne dans le deuil, sans campagne, sans élection et sans rupture institutionnelle. La proclamation du nouveau roi ne crée pas la succession : elle rend publique une transmission déjà accomplie.

Le nouveau souverain a choisi de conserver la devise « Tout pour la Norvège », adoptée avant lui par Haakon VII, Olav V et Harald V. Ce choix manifeste une volonté de continuité dans une période où la famille royale traverse plusieurs épreuves.

Il n’y aura pas de couronnement au sens traditionnel. Depuis le début du XXe siècle, les souverains norvégiens ne sont plus couronnés. Une cérémonie de bénédiction peut cependant être organisée dans la cathédrale de Nidaros, comme ce fut le cas pour Olav V puis pour Harald V et la reine Sonja.

Ce lieu serait hautement symbolique : la cathédrale fut construite sur le tombeau de saint Olav, précisément cité par Léon XIV devant les évêques luthériens.


Un œcuménisme sans confusion

Le dialogue catholique-luthérien a produit d’importants rapprochements, notamment autour de la doctrine de la justification. Mais des divergences importantes demeurent sur l’Eucharistie, le ministère ordonné, la succession apostolique, la place du Pape et plusieurs questions morales.

La fraternité ne doit donc pas devenir une unité de façade.

Lorsque Léon XIV appelle à construire la communion, il ne demande pas aux catholiques et aux luthériens de considérer leurs différences comme insignifiantes. Il les invite à refuser que ces différences deviennent un prétexte à l’hostilité.

L’œcuménisme authentique tient ensemble trois exigences : la vérité doctrinale, la conversion spirituelle et la coopération concrète.

La rencontre du 26 août et le changement de règne du 28 ne constituent pas un seul événement. Ils forment cependant une image suggestive : alors qu’une monarchie luthérienne ouvre une nouvelle page de son histoire, l’évêque de Rome rappelle que les héritiers de divisions anciennes peuvent chercher ensemble la réconciliation.


Vidéo

Aucune vidéo officielle intégrale de la rencontre entre Léon XIV et les évêques luthériens norvégiens n’était encore disponible au moment de la publication.


Note culturelle — Nidaros, le sanctuaire royal de la Norvège

La cathédrale de Nidaros, à Trondheim, fut élevée sur le tombeau de saint Olav. Pendant le Moyen Âge, des pèlerins venus de toute l’Europe du Nord s’y rendaient pour honorer le roi martyr.

Après la Réforme, la cathédrale devint l’un des principaux sanctuaires de l’Église luthérienne de Norvège. Elle conserva pourtant sa fonction nationale et monarchique.

Les couronnements y furent abandonnés après 1906, mais Haakon VII, Olav V et Harald V y reçurent une bénédiction royale. La couronne ne fut plus placée sur la tête du souverain : elle demeura exposée dans le chœur comme symbole historique de la monarchie.

Si Haakon VIII choisit à son tour une bénédiction à Nidaros, celle-ci reliera le nouveau règne à saint Olav, à la monarchie médiévale et à l’identité luthérienne contemporaine de la Norvège. Elle rappellera aussi que l’histoire chrétienne du royaume commença plusieurs siècles avant la séparation entre Rome et les Églises issues de la Réforme.


Sources


Pour aller plus loin


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Le changement de règne en Norvège peut-il ouvrir une nouvelle étape dans les relations entre la monarchie luthérienne, les catholiques norvégiens et le Saint-Siège ?

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