À l’Élysée, Léon XIV convoque Bernanos et rappelle à la France ses racines chrétiennes
Racines chrétiennes, « juste laïcité », paix, bioéthique et critique de la civilisation technicienne : pour son premier grand discours en France, le Pape s’est placé jusque dans les pas de Georges Bernanos
25 septembre 2026
Summarium latinum. In Palatio Elysiano, coram Praeside Reipublicae Emmanuel Macron, auctoritatibus civilibus et Corpore Diplomatico, Leo XIV primam magnam orationem itineris sui in Gallia habuit. Christianas Franciae radices memoravit, libertatem, aequalitatem et fraternitatem cum dignitate humana coniunxit atque de pace, bioethica et recta laicitate locutus est. Georgium Bernanos etiam evocavit, cuius monitum contra dominationem technicam ad nostra tempora pertinere ostendit. Galliam hortatus est ut hominem liberum defendat atque vocationem suam in servitium pacis pergat.
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Le premier grand discours français de Léon XIV
Quelques heures seulement après que les cloches des églises de France ont accompagné son arrivée, Léon XIV est entré dans le vif de son voyage apostolique.
À l’Élysée, devant Emmanuel Macron, les autorités françaises, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, le Pape n’a pas prononcé une simple allocution protocolaire. Il a proposé une lecture de la France, de son histoire et des défis auxquels elle est aujourd’hui confrontée. Les « riches racines chrétiennes », la République, la laïcité, la paix, la bioéthique et le progrès technique se sont ainsi retrouvés réunis dans un même discours.
Un nom français est venu donner à cette réflexion une profondeur particulière : Georges Bernanos.
Une France qui ne commence pas en 1789
Léon XIV a d’abord replacé la France dans le temps long. Il a rappelé ses racines chrétiennes, évoquant une histoire qui remonte aux premiers siècles du christianisme en Gaule et passe notamment par saint Irénée et le baptême de Clovis.
Le christianisme n’apparaît donc pas dans son discours comme un élément périphérique de l’identité française. Il appartient à l’histoire culturelle, spirituelle et intellectuelle du pays. Mais le Pape ne construit pas pour autant une opposition simpliste entre cette France chrétienne et la France moderne. Il reconnaît également l'héritage des Lumières et l'apport français à l'affirmation des droits de l'homme et de la liberté religieuse.
L’idée centrale semble être celle d’une continuité plus complexe. La France contemporaine est le produit de plusieurs héritages, parfois conflictuels, mais qui peuvent encore dialoguer autour de la dignité de la personne humaine.
Liberté, égalité, fraternité
Léon XIV s’est ainsi emparé de la devise de la République elle-même.
Pour le Pape, « la liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de simples mots ». Elles constituent des exigences qui doivent se traduire concrètement dans la manière dont une société considère chaque personne humaine.
Le choix est significatif. Léon XIV n’oppose pas frontalement la République à l’héritage chrétien de la France. Il cherche plutôt les lieux où les deux traditions peuvent se rencontrer.
La fraternité possède évidemment ici une résonance particulièrement chrétienne. Mais la liberté aussi occupe une place essentielle dans le discours du Pape, et c’est précisément à cet endroit qu’apparaît une référence française particulièrement intéressante.
Bernanos entre à l’Élysée
Léon XIV a en effet convoqué Georges Bernanos, l’un des écrivains catholiques français les plus vigoureux du XXe siècle.
La référence n’a rien d’anecdotique. Bernanos est notamment l’auteur de La France contre les robots, publié au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il y développait une critique radicale d’une civilisation dans laquelle l’efficacité économique, la technique et les machines risqueraient progressivement de prendre le pas sur la liberté de l’homme.
Le fameux « paradis des robots » appartient précisément à cet univers bernanosien. Il ne faut donc pas comprendre l’évocation des machines par Léon XIV comme une formule isolée du Pape. Elle renvoie à une tradition française de critique de la civilisation technicienne.
Et le choix de Bernanos permet au Pape de poser une question qui dépasse largement les machines telles qu’on les imaginait en 1945 : que devient la liberté humaine lorsque la technique cesse d’être un instrument et commence à organiser la société elle-même ?
À l’heure de l’intelligence artificielle, des algorithmes, des manipulations génétiques et de l’automatisation croissante, la vieille inquiétude de Bernanos acquiert une actualité inattendue.
De Bernanos à l’intelligence artificielle
La référence est d’autant plus remarquable que Léon XIV a fait de la révolution technologique l’un des thèmes importants de son pontificat.
Il ne s’agit pas de condamner la science ou l’innovation. Le problème posé est celui de leur finalité. Une technique peut considérablement augmenter les capacités humaines sans répondre à la question fondamentale : au service de quel homme et de quelle société ?
C’est ici que Bernanos devient particulièrement utile. Sa critique ne visait pas simplement les machines. Elle concernait une civilisation susceptible de réduire progressivement la personne à sa fonction économique, administrative ou productive.
Léon XIV transpose implicitement cette interrogation dans notre siècle. Une société extrêmement performante technologiquement peut-elle rester pleinement humaine si elle oublie la liberté, la conscience, la vulnérabilité et la dignité de la personne ?
La question devrait trouver un prolongement presque naturel cet après-midi : le programme officiel prévoit un nouveau discours du Pape à 15 heures au siège de l’UNESCO.
La « juste laïcité »
Autre passage particulièrement français du discours : celui consacré à la laïcité.
Léon XIV a défendu une « juste laïcité », en précisant qu’elle ne consiste pas à exclure la religion de l’espace public.
La distinction est importante. Le Pape ne remet pas en cause l’autonomie de l’État ou la liberté de conscience. Il refuse plutôt une conception selon laquelle la neutralité de l’État imposerait également l’effacement des convictions religieuses dans le débat public.
Dans cette perspective, les catholiques ne demandent pas un privilège particulier. Ils doivent pouvoir participer, comme les autres citoyens, à la recherche du bien commun en apportant les ressources de leur propre tradition intellectuelle et spirituelle.
Léon XIV semble ainsi vouloir dépasser l’éternelle confrontation française entre catholicisme et République : la laïcité peut garantir la liberté de tous sans devenir elle-même une philosophie officielle excluant les religions.
GPA, génétique et « mort programmée »
Le discours est devenu plus directement critique lorsque le Pape a abordé la bioéthique.
Léon XIV a évoqué la gestation pour autrui, les manipulations génétiques et « l’offre d’une mort programmée ». Cette dernière expression prend évidemment une signification particulière dans le contexte des débats français sur la fin de vie.
Ces sujets pourraient sembler éloignés de Bernanos. Ils rejoignent pourtant la même interrogation fondamentale : tout ce qui devient techniquement possible doit-il nécessairement devenir socialement acceptable ?
Pour Léon XIV, la réponse passe par un principe supérieur à la capacité technique : la dignité intrinsèque de la personne humaine.
La médecine, la génétique ou les nouvelles technologies peuvent constituer des progrès considérables. Mais leur puissance ne suffit pas à déterminer ce qui est juste. L’homme doit rester la finalité du progrès et non devenir son matériau.
Face aux « bruits de bottes »
Le deuxième grand fil du discours concerne la paix.
Dans une Europe à nouveau confrontée à la guerre, aux tensions internationales et au réarmement, Léon XIV a rappelé à la France la responsabilité particulière que lui donnent son histoire et son influence diplomatique.
Face aux « bruits de bottes », la France possède, selon le Pape, la vocation de demeurer un « artisan infatigable de paix ».
Cette insistance n’est pas secondaire. La paix constitue l’un des fils conducteurs annoncés du voyage français de Léon XIV. Elle devrait revenir avec encore davantage de force lors de l’étape finale à Metz, lundi 28 septembre, où le programme pontifical prévoit précisément une rencontre intitulée « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité ».
La géographie même du voyage prend ainsi un sens : Paris pour parler à la France et au monde, Lourdes pour la dimension spirituelle et ecclésiale, Metz pour l’Europe et la paix.
Une France chrétienne, républicaine et libre
Ce premier discours révèle finalement assez bien la méthode de Léon XIV.
Le Pape n’est pas venu expliquer aux Français qu’ils devraient choisir entre leur histoire chrétienne et leur République. Il leur rappelle plutôt que la France s’est construite par strates successives et que certaines de ses grandes intuitions, chrétiennes comme républicaines, peuvent encore se rencontrer autour de la liberté et de la dignité humaines.
C’est précisément ce qui rend la référence à Bernanos si intéressante.
En citant un écrivain catholique français qui se méfiait autant de l’asservissement politique que de l’asservissement technique, Léon XIV ne se contente pas de rappeler le passé chrétien de la France. Il utilise l’un de ses écrivains pour interroger son avenir.
La question posée à l’Élysée dépasse donc largement le rapport entre l’Église et l’État.
Quel type d’homme voulons-nous laisser derrière nous lorsque le progrès technique aura rendu possible ce qui paraissait hier encore inimaginable ?
Bernanos posait déjà la question au siècle des machines.
Léon XIV la repose au siècle de l’intelligence artificielle.
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À suivre : Léon XIV à l’UNESCO
Le prochain rendez-vous est particulièrement cohérent avec ce premier discours. À 15 heures, Léon XIV doit se rendre au siège parisien de l’UNESCO et y prononcer une nouvelle allocution. Le programme officiel confirme qu’il s’agira du deuxième grand discours de cette première journée française.
Puis viendront les vêpres à Notre-Dame de Paris à 17 h 15 et, à 21 heures, la veillée de prière avec les jeunes au Stade de France.
Après Bernanos à l’Élysée, le discours de l’UNESCO sera donc particulièrement à surveiller : éducation, culture, intelligence artificielle et conception de l’homme pourraient prolonger directement les interrogations ouvertes ce matin.
Pour aller plus loin
Texte intégral du discours de Léon XIV à l’Élysée, La Vie
Programme officiel du voyage apostolique de Léon XIV en France, Saint-Siège
Calendrier officiel de la rencontre de Léon XIV avec les autorités françaises, Vatican
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