À l’UNESCO, Léon XIV pose la question : « Que signifie être humain ? »

 

Intelligence artificielle, vérité, éducation, paix et dignité humaine : à Paris, le Pape place la personne au centre de son grand discours devant l’UNESCO




25 septembre 2026

Summarium latinum. Apud UNESCO Lutetiae Parisiorum, Leo XIV quaestionem fundamentalem proposuit: « Quid significat hominem esse? » Pontifex de educatione, cultura, pace, technologia et intelligentia artificiali disseruit, monens ne instrumenta technica dominationi vel iniustitiae serviant. Inter imagines turris Babel et Pentecostes, unitatem familiae humanae defendit quae diversitatem non destruit. Scientiam, educationem et instituta internationalia ad dignitatem cuiusque personae, praesertim infirmorum et pauperum, tuendam vocavit.

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« Que signifie être humain ? »

Après l’Élysée et Bernanos, Léon XIV a poursuivi à l’UNESCO sa réflexion sur la place de l’homme dans une civilisation bouleversée par la technique. Mais cette fois, le Pape est allé directement au cœur du problème en formulant une question d’une simplicité presque désarmante : « Que signifie être humain ? »

Pour Léon XIV, cette interrogation reste ouverte au XXIe siècle. Nous ne pouvons pas considérer comme définitivement acquis que nous savons ce qu’est la personne humaine ou ce que signifie vivre humainement. Chaque génération doit reprendre cette question, particulièrement lorsque les progrès scientifiques et techniques modifient les conditions mêmes de l’existence.

Cette interrogation fournit la clé de lecture de tout le discours. L’intelligence artificielle, l’éducation, la guerre, l’écologie, la désinformation ou encore la crise des institutions internationales ne constituent pas une succession de sujets indépendants. Léon XIV les rapporte tous à une même question anthropologique : quelle conception de l’être humain voulons-nous préserver ?

Avant d’être puissant, l’homme est un enfant

Pour répondre, Léon XIV commence par la naissance. Avant d’être producteur, citoyen, scientifique ou utilisateur d’une intelligence artificielle, l’être humain est un enfant. Personne n’a choisi le lieu, la date ou les circonstances de sa naissance.

« Notre humanité est un don. »

Nous naissons également pauvres et dépendants. Nous avons besoin de nourriture, de paroles, de soins et d’affection. Cette vulnérabilité n’est donc pas réservée à quelques catégories fragiles : elle appartient à l’histoire de chacun.

Léon XIV en tire une conséquence importante. Lorsque nous oublions cette origine commune, nous risquons de considérer la vie non plus comme un don appelant responsabilité et sollicitude, mais comme une marchandise ou un produit susceptible d’être exploité.

La famille apparaît dans cette perspective comme le premier lieu de la relation et de l’éducation. L’homme n'existe jamais isolément : il reçoit avant de produire et dépend des autres avant de pouvoir exercer sa propre liberté.

Quand la science devient une arme

Le Pape aborde ensuite la paix en repartant de la raison d’être historique de l’UNESCO.

Il reprend les mots célèbres de son acte constitutif :

« Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. »

Léon XIV rappelle que l’expérience de la Seconde Guerre mondiale avait montré jusqu’où peuvent conduire la science, la culture et l’éducation lorsqu’elles sont détachées de toute exigence éthique. La science peut être employée pour détruire, la culture devenir propagande et l’éducation servir à manipuler les consciences.

La paix ne peut donc pas reposer uniquement sur des traités ou sur un équilibre provisoire entre puissances rivales. Ceux-ci sont nécessaires, mais insuffisants. Selon le Pape, une paix authentique suppose une culture de la justice et une volonté capable de reconnaître dans l’autre un frère ou une sœur.

L’intelligence artificielle et le paradoxe de notre époque

C’est alors que Léon XIV aborde directement la technologie.

Son principe est net : les technologies doivent demeurer au service de la personne humaine, et non devenir des instruments supplémentaires de domination et d’injustice.

Le Pape relève ensuite un paradoxe particulièrement frappant. Nous donnons désormais à certains systèmes artificiels le nom même de l’une des facultés humaines les plus caractéristiques : l’intelligence. Dans le même temps, nous risquons de perdre progressivement le sens de la dignité proprement humaine.

Autrement dit, au moment même où nous qualifions les machines d’intelligentes, nous pouvons être tentés de juger les hommes selon des critères empruntés aux machines : efficacité, rendement et productivité.

Lorsque certaines personnes ne répondent plus à ces critères, elles risquent d’être considérées comme inutiles ou d’être mises à l’écart.

Pour Léon XIV, la maladie, la souffrance, le handicap ou l’approche de la mort n’enlèvent pourtant rien à la dignité humaine. Celle-ci ne dépend pas des capacités ou de l’efficacité d’un individu. Elle appelle au contraire une sollicitude particulière lorsque l’être humain devient vulnérable.

Le lien avec le discours prononcé quelques heures auparavant à l’Élysée est frappant. Après avoir convoqué Bernanos face au risque d'un monde dominé par les machines, Léon XIV développe ici une véritable anthropologie de l’âge numérique.

« Le sens est l’oxygène de l’esprit »

Léon XIV établit ensuite une distinction fondamentale entre la capacité à traiter de l’information et la recherche du sens.

Une intelligence artificielle peut établir des relations entre d’immenses quantités de données. Mais, affirme le Pape, elle ne peut répondre aux interrogations portant sur le sens de l’existence, car celui-ci « s’enracine dans une expérience vécue ».

Puis vient l’une des formules les plus fortes du discours :

« Le sens est l’oxygène de l’esprit. »

L’information n’est donc pas encore la sagesse. La multiplication des données et l’accélération de la communication ne garantissent ni la vérité ni une meilleure compréhension entre les hommes. Nos sociétés peuvent être extraordinairement connectées et produire simultanément de nouvelles formes d’isolement.

C’est sans doute l’un des fils intellectuels majeurs de l’intervention : davantage d’informations ne signifie pas nécessairement davantage de connaissance, et davantage de connexions ne signifie pas nécessairement davantage de communion.

Désinformation : l’IA peut amplifier le problème

Cette réflexion conduit naturellement Léon XIV vers la désinformation. Lorsque les sociétés ne disposent plus d’un fondement éthique partagé, explique-t-il, la multiplication des moyens de communication peut également multiplier les fausses informations et les paroles privées de sens.

Le constat est explicite :

« L’intelligence artificielle amplifie ce problème. »

Le Pape salue donc les initiatives d’éducation aux médias et à l’information développées par l’UNESCO. L’enjeu n’est pas seulement technique. La recherche de la vérité devient pour lui une question de justice sociale.

Il attire particulièrement l’attention sur les enfants et les jeunes. Leur vulnérabilité dans l’univers numérique ne doit jamais devenir une occasion d’exploitation. Les technologies devraient au contraire favoriser leur développement et leur éducation tout en protégeant leur liberté de penser et de discerner.

Babel ou Pentecôte : deux modèles de mondialisation

Dans la seconde partie de son discours, Léon XIV utilise deux grandes images bibliques : la tour de Babel et la Pentecôte.

Babel représente une unité obtenue par la domination. Un pouvoir prétend imposer un ordre uniforme et finit par produire exactement l’inverse : incompréhension, dispersion et conflit.

Le Pape voit aujourd’hui ressurgir cette tentation dans une mondialisation privée de fraternité, certaines formes de néocolonialisme, l’imposition d’idéologies et une conception des relations humaines réduite aux échanges marchands. Même la science, lorsqu’elle devient une simple technique de pouvoir, peut contribuer à rabaisser l’homme plutôt qu’à l’élever.

Face à Babel, Léon XIV propose l’image de la Pentecôte.

Cette fois, l’unité n’exige pas la disparition des différences. Chacun entend dans sa propre langue. Les peuples restent différents, mais deviennent capables de se comprendre.

« La communion ne supprime rien à la diversité. »

Le modèle proposé n’est donc ni l’uniformité ni la fragmentation. Il s’agit d’une unité capable de préserver l’histoire personnelle de chacun ainsi que la culture sociale et religieuse de chaque peuple.

On pourrait résumer cette opposition ainsi : non à l’uniformité de Babel, oui à l’unité de Pentecôte. Cette formulation est une synthèse de l’argument du discours, non une citation du Pape.

Une écologie de la personne humaine

Léon XIV relie ensuite l’écologie à cette anthropologie. Il reprend deux concepts développés par ses prédécesseurs : l’« écologie de la personne humaine » associée à Benoît XVI et l’« écologie intégrale » développée par François.

La protection de la création ne peut être séparée de celle de l’être humain.

Et le Pape propose un test concret pour mesurer la sincérité des grands discours sur la dignité : regarder comment une société traite ses membres les plus vulnérables.

Il mentionne notamment les enfants dans le sein de leur mère, les enfants victimes des guerres, les personnes atteintes d’un handicap physique ou intellectuel, les personnes âgées, les migrants et les réfugiés, ainsi que tous ceux que la société tend à exclure parce qu’ils sont considérés comme improductifs.

D’où cette affirmation :

« La crise écologique actuelle est une crise anthropologique. »

Dans le raisonnement de Léon XIV, détruire l’environnement et traiter certaines vies humaines comme inutiles participent d’une même logique : exploiter ce qui existe plutôt que le recevoir, le cultiver et le protéger.

Des institutions internationales en crise

Devant l’une des principales organisations internationales, Léon XIV n’élude pas leur crise.

Il reconnaît qu’elles suscitent aujourd’hui des sentiments contradictoires. Elles sont nécessaires pour traiter des problèmes qu’aucun État ne peut affronter seul, mais elles connaissent simultanément une crise d’efficacité. Le dialogue lui-même peut être présenté comme un obstacle à l’action plutôt que comme une condition de la paix.

Le Pape propose alors de retrouver une vertu devenue rare : la confiance.

Confiance que les différences ne constituent pas nécessairement une menace. Confiance aussi dans la possibilité qu’un dialogue sincère produise un bien supérieur à ce que chacun pourrait obtenir isolément.

Le Saint-Siège entend ainsi continuer à soutenir l’UNESCO et les autres institutions internationales, non par optimisme naïf, précise Léon XIV, mais dans l’espérance que le bien demeure possible.

La religion n’est pas exclue de la conversation universelle

La conclusion du discours donne également aux religions une place particulière. Léon XIV affirme qu’elles remplissent un rôle culturel nécessaire parce qu’elles maintiennent ouvertes les grandes interrogations sur l’origine, le sens et la fin de l’existence.

Cette dimension permet de comprendre pourquoi son discours devant une organisation internationale et laïque demeure explicitement chrétien. Le Pape ne dissimule ni le Christ ni la Pentecôte pour participer au dialogue universel. Il les propose comme contribution chrétienne à une recherche commune.

La diversité des cultures n'a pas vocation, dans cette perspective, à devenir une nouvelle Babel où chacun parle sans comprendre l'autre. Elle peut devenir une recherche commune de sens.

Après Bernanos, une anthropologie pour l’âge de l’IA

Le discours de l’UNESCO permet finalement de mieux comprendre celui prononcé quelques heures auparavant à l’Élysée.

Lorsque Léon XIV évoquait Bernanos et le danger d’un monde livré aux machines, il ne proposait pas simplement une critique nostalgique de la technologie moderne.

À l’UNESCO, sa question devient beaucoup plus précise : que reste-t-il de notre conception de l’homme lorsque nous attribuons l’intelligence aux machines tout en évaluant progressivement les personnes selon leur efficacité ?

Sa réponse repose sur quelques principes simples. L’homme naît dépendant des autres ; sa dignité ne dépend pas de son utilité ; la liberté doit être orientée vers la vérité et la justice ; la science doit rester au service de la personne ; l’information ne remplace pas la sagesse ; et l’unité entre les peuples ne peut être obtenue par l’uniformisation.

Léon XIV ne demande donc pas d’arrêter le progrès technique.

Il oblige plutôt à poser une question en amont : pour qui progressons-nous ?

Et sa formule sur le sens donne peut-être la clé de l’ensemble :

« Le sens est l’oxygène de l’esprit. »

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Vidéo

Discours du pape Léon XIV à l’UNESCO – KTO

Retransmission officielle de la visite de Léon XIV à l’UNESCO

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Pour aller plus loin

Léon XIV place l’intelligence artificielle sous surveillance morale

📰 Revue de presse Léon XIV : IA, Eucharistie, écrivains, Metz et FSSPX

Léon XIV en France : un voyage déjà hautement symbolique

Léon XIV place le respect de la vie humaine au cœur du mois de juillet

Index thématique des articles sur le pape Léon XIV

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Sources

Saint-Siège – Voyage apostolique de Léon XIV en France et visite au siège de l’UNESCO, 25-28 septembre 2026

UNESCO – Le pape Léon XIV à l’UNESCO

UNESCO – Une journée de réflexion sur l’intelligence artificielle, l’éducation et la paix

Vatican News – La parole de Léon XIV très attendue en France

Source primaire du contenu du discours : transcription de l’intervention de Léon XIV à l’UNESCO du 25 septembre 2026, vérifiée à partir de l’enregistrement disponible. Les erreurs manifestes de transcription automatique ont été corrigées pour l’analyse ; les citations retenues correspondent aux passages clairement intelligibles.

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