🕊️ LĂ©on XIV face au 11-Septembre : « Sans pardon, nous ne pouvons vivre en paix »
Le premier pape né aux États-Unis transforme la mémoire du 11-Septembre en appel contre la vengeance
🕯️ Saint du jour : saint Jean Chrysostome
Le 13 septembre, l’Église cĂ©lèbre saint Jean Chrysostome, Ă©vĂŞque de Constantinople et docteur de l’Église.
NĂ© Ă Antioche vers 349, Jean fut d’abord formĂ© Ă la rhĂ©torique avant de choisir la vie chrĂ©tienne et monastique.
Devenu prĂŞtre, il acquit une rĂ©putation exceptionnelle de prĂ©dicateur. Son Ă©loquence lui valut son surnom de Chrysostome, c’est-Ă -dire « Bouche d’or ».
Nommé évêque de Constantinople en 398, il entreprit de réformer le clergé et dénonça les injustices sociales ainsi que le luxe des puissants.
Cette libertĂ© de parole lui valut l’hostilitĂ© de la cour impĂ©riale, la dĂ©position puis l’exil. Il mourut en 407, Ă©puisĂ© par les mauvais traitements.
Le rapprochement avec l’AngĂ©lus de LĂ©on XIV est intĂ©ressant.
Jean Chrysostome rappelait sans cesse que le christianisme ne pouvait demeurer une doctrine abstraite.
LĂ©on XIV dit aujourd’hui la mĂŞme chose du pardon : il ne suffit pas de le cĂ©lĂ©brer comme une belle idĂ©e chrĂ©tienne. Il faut le pratiquer prĂ©cisĂ©ment lĂ oĂą il devient difficile.
✝️ Summarium Latine
Die XIII Septembris MMXXVI, in oratione Angelica apud Forum Sancti Petri, Papa Leo XIV de remissione peccatorum et de pace disseruit, Evangelium secundum Matthaeum explanans, in quo Dominus Petrum docet non septies tantum, sed « septuagies septies » fratri ignoscere.
Summus Pontifex affirmavit remissionem fundamentale esse vitae christianae signum atque sine ea pacem veram exsistere non posse. Odia enim, accusationes, rancores atque vindictae relationes destruunt, familias dividunt et bella excitant; venia autem hominem liberat atque amorem sanat.
Post Angelum, Leo XIV, ipse in Civitatibus Foederatis Americae natus, vicesimum quintum anniversarium impetuum terroristarum diei XI Septembris MM I commemoravit. Pro mortuis atque pro omnibus qui vulnera illius diei adhuc portant oravit atque memoriam tragoediae in novam invitationem ad pacem, reconciliationem et orationem convertit.
🔎 Le fait du jour
Ce dimanche 13 septembre 2026, LĂ©on XIV a rĂ©citĂ© l’AngĂ©lus depuis le Palais apostolique devant les fidèles rĂ©unis place Saint-Pierre.
L’Évangile du jour est celui de la question de Pierre :
combien de fois faut-il pardonner à son frère ?
Sept fois ?
Jésus répond :
« Je ne te dis pas jusqu’Ă sept fois, mais jusqu’Ă soixante-dix fois sept fois. »
Pour Léon XIV, le chiffre ne constitue évidemment pas une nouvelle comptabilité du pardon.
Il signifie exactement l’inverse :
pardonner « au-delĂ de toute limite, sans mesure ».
🕊️ « Sans pardon, nous ne pouvons vivre en paix »
La phrase principale de l’AngĂ©lus est probablement celle-ci :
« Le pardon est indispensable et, sans lui, nous ne pouvons vivre en paix. »
Léon XIV ne présente pas ici le pardon uniquement comme une pratique spirituelle individuelle.
Il lui donne une dimension sociale.
Les rancœurs commencent dans les cœurs.
Puis elles passent dans les relations.
Elles divisent les familles.
Elles alimentent les accusations.
Elles produisent la vengeance.
Et, à une autre échelle, elles peuvent contribuer à déclencher des guerres.
Le pape établit donc une continuité entre la vie intérieure et la paix politique.
La guerre ne commence pas uniquement lorsqu’une armĂ©e franchit une frontière.
Elle possède aussi une prĂ©histoire faite de peur, de haine accumulĂ©e, de blessures entretenues et de refus de considĂ©rer de nouveau l’autre comme un interlocuteur.
🇺🇸 Et puis Léon XIV parle du 11-Septembre
Après l’AngĂ©lus, le discours prend soudain une dimension très personnelle.
Deux jours auparavant, le 11 septembre 2026, les États-Unis commémoraient le vingt-cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001.
Près de 3 000 personnes furent tuées lors des attaques contre New York, Washington et la Pennsylvanie.
Léon XIV rappelle cet anniversaire en anglais.
Ce dĂ©tail mĂ©rite d’ĂŞtre relevĂ©.
Robert Francis Prevost est né à Chicago.
Pour la première fois, un pape nĂ© aux États-Unis commĂ©more depuis la fenĂŞtre du Palais apostolique l’Ă©vĂ©nement qui a probablement le plus profondĂ©ment marquĂ© l’histoire amĂ©ricaine du dĂ©but du XXIe siècle.
🕯️ Les morts et ceux qui portent encore les blessures
LĂ©on XIV prie d’abord pour ceux qui ont perdu la vie.
Mais il n’oublie pas ceux qui, vingt-cinq ans après, continuent Ă porter les blessures de cette journĂ©e.
Il ne précise pas seulement les blessures physiques.
L’expression est plus large.
Le 11-Septembre a laissé des familles endeuillées, des survivants, des secouristes malades, mais également une blessure collective dans la société américaine.
Le pape ne cherche pas à effacer cette mémoire.
Il ne dit pas : oubliez.
Il fait quelque chose de différent.
Il refuse que le souvenir soit condamné à produire éternellement de la haine.
⚠️ Pardonner ne signifie pas dĂ©clarer le mal insignifiant
C’est probablement le point le plus dĂ©licat.
Lorsque l’on parle de pardon après un attentat terroriste, l’objection vient immĂ©diatement :
pardonner signifie-t-il excuser ?
Non.
LĂ©on XIV ne dit nulle part que l’injustice serait sans importance.
Il ne demande pas non plus de supprimer la justice.
Son point de départ est la parabole évangélique de la dette remise.
Celui qui reçoit gratuitement la misĂ©ricorde dĂ©couvre qu’il ne peut ensuite organiser toute son existence autour de la vengeance.
Le pardon chrétien ne transforme donc pas le mal en bien.
Il refuse au mal un autre pouvoir :
celui de déterminer indéfiniment ce que nous devenons après avoir été blessés.
🌤️ Le pardon comme libĂ©ration
L’une des images employĂ©es par LĂ©on XIV est particulièrement belle.
Le pardon ressemble à une brise légère.
Il chasse progressivement les nuages jusqu’Ă permettre au soleil de rĂ©apparaĂ®tre.
Le pape ne dit donc pas que pardonner serait facile.
Une brise ne fait pas disparaître instantanément une tempête.
Mais elle commence Ă modifier l’atmosphère.
Il en va de même dans une relation blessée.
La première étape peut être minuscule.
Renoncer à répondre immédiatement.
Accepter de parler.
Cesser de nourrir intérieurement un scénario de vengeance.
Prier pour quelqu’un que l’on ne parvient pas encore Ă aimer.
Le pardon peut commencer bien avant que la réconciliation soit achevée.
đź—ť️ Pierre lui-mĂŞme avait besoin d’ĂŞtre pardonnĂ©
Léon XIV choisit ensuite un exemple particulièrement bien adapté à un pape :
saint Pierre.
Pierre demande à Jésus combien de fois il doit pardonner.
Mais il deviendra lui-mĂŞme celui qui aura besoin d’un pardon immense.
Au moment de la Passion, il abandonne Jésus et affirme à trois reprises ne pas le connaître.
Après la Résurrection, le Christ le retrouve.
Il ne commence pas par dresser la liste de ses fautes.
Il lui demande :
« Simon, m’aimes-tu ? »
Puis :
« Suis-moi. »
LĂ©on XIV souligne quelque chose d’Ă©tonnant :
c’est presque comme si rien ne s’Ă©tait passĂ©.
Non parce que la trahison de Pierre aurait été insignifiante.
Mais parce que le pardon du Christ est plus puissant que son échec.
🔑 Et le pardon rétablit Pierre dans sa mission
Ce passage peut aussi être lu comme une petite ecclésiologie.
Pierre n’est pas choisi parce qu’il n’a jamais failli.
Il reçoit sa mission après avoir fait l’expĂ©rience de sa propre faiblesse.
Et après avoir été pardonné.
LĂ©on XIV insiste prĂ©cisĂ©ment sur ce lien : l’amour qui pardonne et guĂ©rit devient pour Pierre la confirmation de sa mission.
VoilĂ une idĂ©e importante pour comprendre la manière dont le pape parle de l’autoritĂ© dans l’Église.
Quelques jours auparavant, il expliquait aux nouveaux Ă©vĂŞques qu’un pasteur ne pouvait devenir un prince solitaire.
Aujourd’hui, il rappelle que le premier pape lui-mĂŞme fut un homme pardonnĂ©.
L’autoritĂ© chrĂ©tienne ne naĂ®t donc pas de la perfection personnelle.
Elle naĂ®t aussi de l’expĂ©rience de la misĂ©ricorde.
🇺🇸 Un pape américain qui ne fait pas du 11-Septembre une mémoire seulement américaine
C’est peut-ĂŞtre l’Ă©lĂ©ment le plus intĂ©ressant de cette journĂ©e.
Léon XIV aurait pu limiter son intervention à un hommage national.
Il fait autre chose.
Après avoir rappelĂ© les victimes du 11-Septembre, il Ă©largit immĂ©diatement son regard vers tous les peuples aujourd’hui frappĂ©s par les conflits et les violences.
La mémoire américaine devient donc un point de départ.
Pas un aboutissement.
Le premier pape né aux États-Unis ne transforme pas sa nationalité en programme pontifical.
Il transforme au contraire une mĂ©moire nationale qu’il connaĂ®t intimement en appel universel.
🌍 Du 11-Septembre aux guerres de 2026
LĂ©on XIV constate que les conflits et les violences frappent aujourd’hui de nombreux peuples.
Il invite donc chacun Ă prier pour que Dieu donne au monde le don de la paix.
Il ne cite cette fois aucun conflit particulier.
Ce choix évite de hiérarchiser les souffrances.
Ukraine.
Proche-Orient.
Afrique.
Violences terroristes.
Guerres oubliées.
Toutes entrent implicitement dans cette supplication.
La commémoration de 2001 devient alors une interrogation adressée à 2026 :
vingt-cinq années de violences supplémentaires nous ont-elles réellement appris à construire la paix autrement ?
đź§ Une constante du pontificat commence Ă se dessiner
Depuis le début de son pontificat, Léon XIV parle énormément de paix.
Mais sa manière d’en parler devient progressivement plus prĂ©cise.
La paix n’est pas simplement l’absence de guerre.
Elle suppose le dialogue.
Elle suppose la justice.
Elle suppose la capacité de rester en relation.
Et ce dimanche, il ajoute très nettement :
elle suppose aussi le pardon.
Cette insistance est intĂ©ressante parce qu’elle dĂ©place lĂ©gèrement le discours diplomatique traditionnel.
La diplomatie travaille sur les frontières, les intérêts, les garanties et les rapports de force.
Léon XIV ajoute une question presque anthropologique :
que devient un peuple incapable de sortir de la logique de la vengeance ?
🔄 Continuité avec François, accent différent
On retrouve ici une importante continuité avec François.
François avait lui aussi beaucoup insisté sur la fraternité, la réconciliation et la nécessité de sortir de la logique de guerre.
Léon XIV ne rompt pas avec cette ligne.
Mais son langage paraĂ®t souvent plus directement construit Ă partir de l’Écriture, de la vie sacramentelle et de catĂ©gories chrĂ©tiennes classiques.
Aujourd’hui :
Pierre.
La dette remise.
La miséricorde.
Le pardon.
Marie, Mère de Miséricorde.
Puis seulement la situation internationale.
La logique part du cĹ“ur chrĂ©tien et s’Ă©largit progressivement vers le monde.
C’est une manière assez caractĂ©ristique de LĂ©on XIV.
💡 Ce que cela révèle de sa manière de gouverner
Cette journĂ©e relève donc directement de l’un des grands axes Ă suivre du pontificat.
Léon XIV ne paraît pas concevoir le pape seulement comme un commentateur permanent des crises internationales.
Il commence généralement par construire un principe.
Puis il l’applique.
Aujourd’hui, le principe est :
nous vivons d’abord de ce que nous avons reçu gratuitement.
De là vient la nécessité de pardonner.
Du pardon vient la possibilité de reconstruire la relation.
Et de relations guéries peut naître la paix.
C’est une pensĂ©e en chaĂ®ne.
Théologie.
Anthropologie.
Vie quotidienne.
Puis politique internationale.
🏛️ Note culturelle : Jean Chrysostome, un Ă©vĂŞque qui osa parler au pouvoir
La fête de saint Jean Chrysostome donne presque un contrepoint parfait à cette journée.
Chrysostome n’Ă©tait pas un homme qui confondait pardon et mollesse.
Il dénonçait vigoureusement les injustices.
Il reprochait aux riches leur indifférence envers les pauvres.
Il entreprit de réformer son propre clergé.
Et il s’opposa suffisamment aux puissants pour finir dĂ©posĂ© puis exilĂ©.
VoilĂ une distinction importante.
Le pardon chrétien ne demande pas de renoncer à la vérité.
Il demande de renoncer Ă la vengeance.
Jean Chrysostome pouvait dĂ©noncer l’injustice sans considĂ©rer la haine comme une vertu.
LĂ©on XIV reprend aujourd’hui, dans un tout autre contexte, cette mĂŞme tension :
dire le mal, protéger les victimes, rechercher la justice, mais ne jamais laisser la haine obtenir le dernier mot.
⭐ Ce qu’il faut retenir
LĂ©on XIV affirme que le pardon est indispensable Ă la paix. Sans lui, les rancĹ“urs et les actes de vengeance dĂ©truisent les relations et peuvent jusqu’Ă nourrir les guerres.
JĂ©sus demande de pardonner « soixante-dix fois sept fois ». Pour le pape, cela signifie pardonner sans Ă©tablir de limite comptable.
Pierre devient l’exemple central. Après avoir reniĂ© le Christ, il est pardonnĂ© puis confirmĂ© dans sa mission.
Léon XIV commémore le vingt-cinquième anniversaire du 11-Septembre. Il prie pour les morts et pour ceux qui portent encore les blessures de cette journée.
Le premier pape né aux États-Unis élargit immédiatement cette mémoire nationale à la paix mondiale.
Le 13 septembre est aussi la fĂŞte de saint Jean Chrysostome, docteur de l’Église, cĂ©lèbre pour sa prĂ©dication et son courage face au pouvoir impĂ©rial.
📚 Sources
Saint-Siège : Angélus de Léon XIV, 13 septembre 2026
Lire le texte officiel de l’AngĂ©lus
Vatican News : « Without forgiveness we cannot live in peace »
Lire l’article de Vatican News
Vatican News : Léon XIV commémore les vingt-cinq ans du 11-Septembre
Lire l’article consacrĂ© au 11-Septembre
Église catholique en France : saint Jean Chrysostome
Lire la notice du saint du jour
đź”— Pour aller plus loin
đź“° LĂ©on XIV Ă Castel Gandolfo : le pardon avant l’Assomption
Un prĂ©cĂ©dent article du blog oĂą le pardon apparaissait dĂ©jĂ comme l’un des fils spirituels du pontificat.
đź“° Assomption 2026 : LĂ©on XIV oppose la beautĂ© de l’amour aux canons du monde
Amour, dignité humaine et paix y apparaissent déjà comme trois dimensions inséparables du pontificat.
đź’¬ Commentaire
Le rapprochement est saisissant.
Le jour oĂą LĂ©on XIV explique que sans pardon aucune paix n’est possible, le premier pape nĂ© aux États-Unis commĂ©more le vingt-cinquième anniversaire du 11-Septembre.
Cela pose une question difficile :
peut-on conserver fidèlement la mĂ©moire d’une tragĂ©die sans transmettre aussi sa haine aux gĂ©nĂ©rations suivantes ?
Le pardon chrĂ©tien ne demande pas d’oublier le mal.
Il demande quelque chose de beaucoup plus exigeant :
se souvenir sans laisser le mal dĂ©cider Ă©ternellement de l’avenir.
Commentaires
Enregistrer un commentaire