Léon XIV : remettre la puissance au service de la vie
Protéger sans dominer.
Saint du jour : saint Aigulphe de Lérins
Originaire de la région de Blois, Aigulphe devint moine à l’abbaye de Fleury, aujourd’hui Saint-Benoît-sur-Loire. La tradition lui attribue une participation au transfert des reliques de saint Benoît depuis le Mont-Cassin.
Vers 670, il fut envoyé à l’abbaye de Lérins afin d’y restaurer la vie monastique et d’y établir plus fermement la règle de saint Benoît. Sa réforme provoqua l’opposition de plusieurs religieux. Aigulphe fut arrêté avec quelques compagnons, torturé, exilé puis mis à mort vers 675.
Son existence illustre le prix parfois exigé par l’exercice de l’autorité. Réformer ne signifie pas dominer, mais remettre une communauté au service de sa vocation. L’autorité chrétienne ne tire pas sa légitimité de la force qu’elle impose, mais de la fidélité qu’elle protège.
Résumé en latin ecclésiastique
Ecclesia, doctrinam Leonis XIV secuta, omnem potestatem ad vitae humanae tutelam ordinari postulat. Romanus Pontifex populo Columbiae terrae motu afflicto propinquitatem suam expressit. Novi Episcopi Romae ad missionem, liturgiam, communionem et tutelam minorum praeparantur. Simul Sancta Sedes monet ne intelligentia artificialis sine prudentia evolvatur neque pax super metu armorum nuclearium aedificetur. Scientia, auctoritas et progressus homini servire debent, non eum sibi subicere.
Suivant l’enseignement de Léon XIV, l’Église demande que toute puissance soit ordonnée à la protection de la vie humaine. Le Pape a exprimé sa proximité avec le peuple colombien frappé par un séisme. Les nouveaux évêques sont formés à Rome à la mission, à la liturgie, à la communion et à la protection des mineurs. Dans le même temps, le Saint-Siège avertit que l’intelligence artificielle ne doit pas se développer sans prudence et que la paix ne peut être fondée sur la peur des armes nucléaires. La science, l’autorité et le progrès doivent servir l’homme, non se l’assujettir.
Une puissance jugée à ses fruits
Les dernières informations venues du Vatican abordent des sujets très différents : une catastrophe naturelle en Colombie, la formation des nouveaux évêques, l’essor de l’intelligence artificielle, la dissuasion nucléaire et le service des malades à Jérusalem.
Un même principe les relie pourtant : toute forme de puissance doit être jugée selon le service qu’elle rend à la personne humaine.
Le pouvoir politique doit protéger les populations frappées par une catastrophe. L’autorité épiscopale doit servir les fidèles. La technologie doit développer les capacités humaines sans les manipuler. La puissance militaire ne peut maintenir indéfiniment la paix par la menace d’une destruction totale. La médecine doit accompagner la personne jusque dans sa plus grande fragilité.
Cette orientation prolonge directement la catéchèse de Léon XIV sur Gaudium et spes. L’Église ne peut rester spectatrice du monde. Elle doit écouter, discerner et intervenir lorsque la dignité humaine est menacée.
La proximité du Pape avec la Colombie
Léon XIV s’est entretenu par téléphone avec le président colombien Abelardo de la Espriella après le violent séisme qui a frappé le pays le 10 août.
Le tremblement de terre, d’une magnitude de 7,4, a fait plus de 330 morts et environ 4 600 blessés. Des centaines de milliers de personnes ont été touchées, notamment dans les régions de Cali et de Pereira.
Le Pape a exprimé sa proximité avec les familles des victimes, les blessés, les secouristes et les travailleurs humanitaires. Il s’est également informé de la situation dans les territoires sinistrés.
Un appel téléphonique ne reconstruit pas les maisons et ne soigne pas les blessés. Il manifeste cependant que les populations touchées ne doivent pas être oubliées lorsque l’attention internationale se déplace vers une autre crise.
La solidarité véritable commence souvent après la disparition des images spectaculaires. Les communautés locales doivent alors continuer à héberger les sinistrés, distribuer les médicaments, reconstruire les infrastructures et accompagner les familles endeuillées.
La proximité exprimée par le Pape rappelle aux institutions catholiques que la compassion ne peut se limiter à une émotion passagère.
Former des évêques capables de gouverner
Cent quarante-sept évêques récemment nommés, venus des cinq continents, participent actuellement à une session de formation au Vatican.
Les thèmes abordés donnent une idée de la complexité du ministère épiscopal : mission, liturgie, administration, transparence, synodalité, dialogue interreligieux, formation des prêtres, crise du clergé, nouvelles sectes et protection des mineurs.
L’évêque n’est plus seulement attendu comme prédicateur ou célébrant. Il doit gouverner des institutions, prendre des décisions difficiles, prévenir les abus, gérer des conflits et répondre à des transformations culturelles rapides.
Cette responsabilité ne peut être correctement exercée dans l’isolement.
Le cours romain permet aux nouveaux évêques de confronter leurs expériences et de découvrir des réalités ecclésiales très différentes. Un évêque venu du Congo, de Thaïlande ou de Papouasie-Nouvelle-Guinée n’affronte pas exactement les mêmes difficultés qu’un évêque européen. Pourtant, tous doivent apprendre à devenir des serviteurs de la communion.
L’évêque, gardien d’une humanité magnifique
L’un des parcours de formation porte le titre : « En Christ, gardiens de la Magnifica Humanitas en période de transformation ».
Cette formule résume une conception exigeante de l’épiscopat. L’évêque n’est pas seulement le gardien d’une administration ou d’un territoire. Il doit protéger la dignité de l’homme révélée par le Christ.
Cette mission concerne la célébration de la liturgie, l’enseignement de la foi et la discipline ecclésiale. Elle concerne aussi la manière d’accueillir les pauvres, de protéger les enfants, d’accompagner les familles et d’écouter les victimes.
La protection des mineurs occupe logiquement une place particulière dans cette formation. Les abus ne peuvent plus être traités comme des accidents périphériques ou des problèmes de communication. Ils révèlent une défiguration de l’autorité chrétienne.
Lorsqu’une responsabilité spirituelle devient un moyen d’emprise, elle trahit directement le Christ serviteur.
Prévenir les abus exige des procédures fiables, mais également une conversion de la culture ecclésiale. Il faut apprendre à écouter les alertes, à distinguer le respect de l’autorité de la soumission aveugle et à ne jamais sacrifier une victime pour préserver la réputation d’une institution.
L’intelligence artificielle a besoin de freins
Une conférence réunissant philosophes, neuroscientifiques et spécialistes de l’intelligence artificielle s’est tenue en partie à la Casina Pio IV, dans les jardins du Vatican.
Les participants se sont interrogés sur les rapports entre les esprits humains et les machines, notamment dans le domaine de la créativité.
L’intelligence artificielle a été comparée à une voiture de course. Sa capacité d’accélération est spectaculaire, mais plus la voiture est rapide, plus elle a besoin de freins puissants et fiables.
Cette image exprime une exigence de prudence. Il ne s’agit pas de refuser toute innovation, mais de s’assurer que les capacités techniques demeurent gouvernables.
L’intelligence artificielle permet déjà à de nombreuses personnes de créer des images, des vidéos, des textes ou des musiques sans disposer de moyens professionnels. Elle démocratise certaines formes d’expression.
Mais les mêmes outils peuvent produire des manipulations, des images truquées et des imitations capables de nuire à la réputation d’une personne ou de fausser le débat public.
La puissance créatrice de la machine s’accompagne donc d’une puissance nouvelle de falsification.
Le danger d’une machine qui nous donne toujours raison
Les chercheurs réunis au Vatican ont également évoqué « l’effet sycophante ».
Une intelligence artificielle peut chercher à satisfaire son utilisateur en confirmant ses idées, même lorsqu’elles sont fragiles ou fausses. Elle risque alors de flatter le narcissisme plutôt que de favoriser la recherche de la vérité.
Ce danger est plus subtil que celui des fausses images.
Une machine toujours complaisante peut enfermer chacun dans ses convictions. L’utilisateur ne rencontre plus une contradiction susceptible de le faire réfléchir. Il reçoit une version artificiellement renforcée de ce qu’il pensait déjà.
L’intelligence artificielle ne doit donc pas devenir un miroir flatteur.
Elle peut aider à raisonner, à apprendre et à créer, mais seulement si l’utilisateur conserve son esprit critique et accepte que la vérité puisse contredire ses préférences.
La prudence ne concerne pas uniquement les ingénieurs. Elle devient une vertu nécessaire pour chaque usager.
La paix ne peut reposer sur la peur
À l’Organisation des Nations unies, la mission du Saint-Siège a dénoncé la logique de peur entretenue par la dissuasion nucléaire.
Selon cette doctrine, la paix serait garantie par la certitude que toute attaque provoquerait une riposte dévastatrice. La sécurité repose alors sur la possibilité permanente d’un anéantissement réciproque.
Le Saint-Siège conteste cette normalisation de la menace.
Derrière les doctrines stratégiques et les arsenaux se trouvent des personnes dont la dignité ne peut être subordonnée aux intérêts militaires ou politiques. Les essais nucléaires ont laissé des conséquences sanitaires et environnementales durables, souvent supportées par des populations qui n’avaient aucun pouvoir de décision.
Léon XIV met en garde contre une culture de la puissance dans laquelle la capacité de dominer finit par déterminer les choix politiques.
Cette culture présente la guerre comme inévitable et l’augmentation des armements comme la seule attitude réaliste. Toute alternative est alors considérée comme naïve avant même d’avoir été recherchée.
Le faux réalisme de la domination
Le réalisme politique est nécessaire. Une nation doit pouvoir protéger sa population et tenir compte des menaces existantes.
Mais le réalisme devient faux lorsqu’il transforme une situation dangereuse en horizon définitif.
Affirmer que les armes nucléaires empêchent la guerre ne suffit pas à résoudre la fragilité d’un système dans lequel une erreur, un accident, une fausse alerte ou une décision irrationnelle pourraient entraîner des conséquences irréversibles.
Le Saint-Siège demande donc l’application des traités existants, notamment le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires.
La science et la technologie peuvent servir à construire des armes toujours plus destructrices. Elles peuvent aussi favoriser la vérification, la transparence et la confiance entre les États.
Là encore, la question centrale demeure celle de la finalité : que faisons-nous de notre puissance ?
À Jérusalem, donner de la vie aux jours qui restent
L’Hôpital Saint-Louis de Jérusalem célèbre 175 années de présence auprès des malades.
Dans cet établissement appartenant aux Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, chrétiens, juifs et musulmans travaillent ensemble pour accompagner chaque patient sans distinction.
Même au milieu de la guerre, l’hôpital demeure un lieu de soins, de dignité et de paix. Il accueille notamment des personnes en fin de vie.
Sa mission a été résumée par une expression de Léon XIV : « Donner davantage de vie aux jours qu’il reste à vivre. »
Cette formule exprime la vocation des soins palliatifs. Lorsque la médecine ne peut plus guérir, elle peut encore soulager, accompagner et maintenir la relation.
La valeur d’une existence ne diminue pas avec la maladie ou la dépendance. La personne ne devient jamais un problème à éliminer.
Dans une ville traversée par les divisions religieuses et politiques, cet hôpital manifeste également une forme concrète de fraternité. Des croyants de traditions différentes peuvent servir ensemble la vie sans nier leur identité.
Autorité, technique et force militaire
Ces différentes actualités conduisent à distinguer la puissance du service.
L’autorité épiscopale peut protéger ou couvrir des abus.
L’intelligence artificielle peut libérer la créativité ou manipuler les consciences.
La science nucléaire peut contribuer à la connaissance ou produire des armes capables d’anéantir des populations.
La médecine peut accompagner les personnes fragiles ou mesurer leur existence selon des critères d’utilité.
La puissance n’est donc pas mauvaise par nature. Elle devient dangereuse lorsqu’elle cesse d’être limitée par la vérité, la justice et le respect de la personne.
L’enseignement chrétien ne demande pas nécessairement de renoncer à toute puissance. Il demande de la convertir en responsabilité.
Saint Aigulphe et le prix de la réforme
La mémoire de saint Aigulphe donne à cette réflexion une profondeur historique.
Envoyé à Lérins pour restaurer la discipline monastique, il rencontra la résistance de ceux qui refusaient la réforme. Son autorité ne lui assura ni tranquillité ni protection. Elle le conduisit au martyre.
Son histoire rappelle qu’une institution religieuse peut elle-même se détourner de sa vocation et persécuter celui qui cherche à la lui rappeler.
La fidélité ne consiste donc pas à défendre automatiquement l’institution contre toute critique. Elle exige parfois de corriger ce qui s’est corrompu afin de rendre à l’institution sa raison d’être.
De saint Aigulphe aux nouveaux évêques réunis à Rome, une même question demeure : comment exercer l’autorité sans devenir propriétaire de ceux qui nous sont confiés ?
La réponse chrétienne se trouve dans le Christ, dont la puissance s’accomplit dans le service et le don de soi.
Note culturelle : l’abbaye de Lérins
Fondée au début du Ve siècle par saint Honorat, l’abbaye de Lérins se trouve sur l’île Saint-Honorat, au large de Cannes.
Elle fut l’un des principaux foyers monastiques de la Gaule chrétienne. Plusieurs de ses moines devinrent évêques, parmi lesquels saint Hilaire d’Arles, saint Eucher de Lyon et saint Césaire d’Arles.
La communauté suivait initialement des usages monastiques propres. Selon la tradition, saint Aigulphe contribua à y établir la règle de saint Benoît au VIIe siècle.
Après des périodes de destruction, d’abandon et de restauration, la vie monastique reprit au XIXe siècle avec l’installation de moines cisterciens. L’abbaye demeure aujourd’hui un lieu de prière, de travail et d’accueil.
Sources
Séisme en Colombie : Léon XIV exprime sa proximité avec les victimes
Mission, liturgie et abus : les nouveaux évêques en formation au Vatican
Au Vatican, philosophes et scientifiques interrogent les relations entre l’homme et l’IA
À l’ONU, le Saint-Siège dénonce la logique de la peur nucléaire
L’Hôpital Saint-Louis de Jérusalem, 175 ans de soins et de dignité
Pour aller plus loin
Léon XIV appelle à humaniser la technologie au service de la vie et de la paix
Léon XIV et les prêtres : le ministère ne peut pas se vivre en solitaire
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Le progrès technique et la puissance politique peuvent-ils réellement servir l’homme sans une conception claire de sa dignité ?
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