🇻🇦 LĂ©on XIV revient Ă son diocèse : avant la France, Rome rappelle au pape qu’il est d’abord son Ă©vĂŞque
Ce 18 septembre, le pape prĂ©side Ă Saint-Jean-de-Latran l’assemblĂ©e du diocèse de Rome. Une semaine avant Paris, Lourdes et Metz, le contraste est parlant : avant de parler au monde, LĂ©on XIV revient aux paroisses, aux familles, aux jeunes et aux solitudes de sa propre ville.
Évangile du jour
Lc 8, 1-3 : « JĂ©sus passait Ă travers villes et villages, proclamant et annonçant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. »
L’Évangile du jour semble presque Ă©crit pour une assemblĂ©e diocĂ©saine.
Le Christ ne demeure pas immobile dans un centre religieux. Il passe « Ă travers villes et villages ». Il rencontre des personnes, rassemble des disciples et fait de la mission une rĂ©alitĂ© concrète.
Ce vendredi 18 septembre, Léon XIV se rend précisément dans sa cathédrale, Saint-Jean-de-Latran, pour ouvrir la nouvelle année pastorale du diocèse de Rome.
Pas Saint-Pierre.
Le Latran.
La nuance dit déjà beaucoup.
Summarium latinum
Die XVIII Septembris MMXXVI, Leo XIV, Episcopus Romanus, in Basilica Sancti Ioannis in Laterano Conventui Dioecesano praeerit atque novum annum pastoralem aperiet. Repraesentantes omnium CCCXXXIV paroeciarum Urbis aderunt. Cardinalis Vicarius Baldassare Reina necessitatem Ecclesiae propinquae, missionariae atque attentissimae ad paupertatem, solitudinem, habitationis difficultates et iuvenum quaestiones illustravit. Hoc momentum peculiarem significationem accipit una hebdomada ante iter apostolicum Pontificis in Galliam. Antequam Ecclesiam universalem atque societatem internationalem alloquatur, Leo XIV ad propriam Ecclesiam localem redit: Papa universalis manet semper Episcopus Romae.
Le pape a aussi un diocèse
On oublie facilement une réalité fondamentale de la papauté.
Le pape n’est pas un Ă©vĂŞque abstrait placĂ© au-dessus de tous les autres.
Il est l’Ă©vĂŞque de Rome.
C’est parce qu’il succède Ă Pierre sur le siège de Rome qu’il exerce son ministère particulier au service de l’Église universelle.
Voilà pourquoi Saint-Jean-de-Latran possède une importance que la célébrité mondiale de Saint-Pierre masque parfois.
Saint-Pierre est le grand sanctuaire de la chrétienté.
Le Latran est la cathédrale du pape.
Lorsque LĂ©on XIV y entre ce vendredi 18 septembre, il ne visite donc pas une basilique parmi d’autres.
Il revient dans son église cathédrale.
334 paroisses autour de leur évêque
L’assemblĂ©e diocĂ©saine est prĂ©vue Ă 17 h 30.
Selon Vatican News, des représentants des 334 paroisses du diocèse de Rome doivent y participer.
Le programme est simple : prière, introduction du cardinal vicaire Baldassare Reina, trois témoignages, intervention finale de Léon XIV, puis prière.
Les trois témoignages doivent être portés par une famille, un jeune et un acteur de la Caritas.
Ce choix n’est pas dĂ©coratif.
Il indique les réalités que le diocèse veut mettre devant son évêque.
La famille.
La jeunesse.
La pauvreté.
Trois domaines où les grandes déclarations ecclésiales rencontrent nécessairement le quotidien.
Une annĂ©e de travail synodal avant l’assemblĂ©e
Le cardinal Reina a expliquĂ© que cette rencontre n’arrive pas après quelques rĂ©unions improvisĂ©es.
Les paroisses, les préfectures et différents organismes diocésains ont travaillé au cours des mois précédents.
Une rencontre organisée en juin a permis de faire remonter les constats et propositions.
Ces éléments ont ensuite été présentés au pape.
L’assemblĂ©e du 18 septembre doit donc constituer l’aboutissement provisoire d’un processus de discernement.
Léon XIV ne vient pas simplement prononcer un discours préparé indépendamment du terrain.
Il doit recevoir ce que son diocèse lui a transmis et, selon le cardinal Reina, l’enrichir par son magistère.
C’est une manière concrète de comprendre la synodalitĂ©.
On écoute.
On discerne.
Puis l’Ă©vĂŞque exerce sa responsabilitĂ©.
Rome n’est pas seulement la ville des cardinaux
Pour les millions de pèlerins qui la visitent, Rome peut devenir un immense décor religieux.
Basiliques.
Reliques.
Curie.
Gardes suisses.
Cardinaux.
Universités pontificales.
Congrégations religieuses.
Mais pour les Romains, Rome est d’abord une ville oĂą l’on cherche un logement, un emploi, une Ă©cole et parfois simplement quelqu’un Ă qui parler.
Baldassare Reina a employé une formule très forte :
« On peut mourir de solitude. »
Il évoque aussi la difficulté du logement, du travail et la vulnérabilité de certaines familles.
Une famille où une seule personne possède un emploi peut même ne plus parvenir à payer son loyer.
Derrière la Rome des coupoles existe donc une métropole avec les mêmes fractures sociales que les autres grandes villes européennes.
Le paradoxe romain : beaucoup d’Ă©glises, mais pas toujours lĂ oĂą vivent les gens
Le cardinal Reina souligne également une particularité géographique.
Une grande partie des églises historiques se concentre dans le centre.
Mais une grande partie de la population vit désormais dans les périphéries.
Le patrimoine ecclésiastique et la réalité démographique ne se superposent plus.
Rome possède donc parfois beaucoup d’Ă©glises lĂ oĂą vivent moins de familles qu’autrefois, et davantage de besoins pastoraux lĂ oĂą le maillage ecclĂ©sial est plus difficile.
La question dĂ©passe l’urbanisme.
Comment annoncer l’Évangile lorsque la gĂ©ographie paroissiale hĂ©ritĂ©e d’une autre Ă©poque ne correspond plus complètement Ă la ville rĂ©elle ?
Aller chercher ceux qui ne viennent plus
Le cardinal vicaire insiste surtout sur un point.
Les paroisses ont tendance, assez naturellement, à consacrer leur énergie aux personnes qui viennent déjà .
Messes.
Catéchisme.
Préparation aux sacrements.
Groupes paroissiaux.
Activités caritatives.
Tout cela est nécessaire.
Mais une Église missionnaire ne peut se contenter d’administrer ceux qui franchissent encore spontanĂ©ment ses portes.
Que faire de ceux qui ne viennent plus ?
Des baptisés éloignés.
Des jeunes sans pratique religieuse.
Des familles pour lesquelles la paroisse n’est plus une rĂ©fĂ©rence.
Des personnes qui ressentent un besoin spirituel mais ne savent plus vers qui se tourner.
La question posĂ©e Ă Rome est finalement celle de presque toute l’Europe.
La centralité du Christ, encore
Reina rattache le travail actuel Ă l’un des grands thèmes dĂ©jĂ dĂ©veloppĂ©s par LĂ©on XIV : la centralitĂ© du Christ.
Ce point est important.
Une pastorale qui écoute les besoins sociaux peut facilement devenir uniquement sociale.
Une paroisse peut offrir de l’aide, du soutien, des activitĂ©s, de l’accompagnement.
Tout cela appartient Ă sa mission.
Mais si elle cesse d’annoncer explicitement le Christ, elle risque de devenir une association de proximitĂ© parmi d’autres.
LĂ©on XIV semble chercher une ligne oĂą accueil social, mission et annonce chrĂ©tienne ne s’opposent pas.
Rome doit ĂŞtre proche.
Mais proche pour annoncer quelqu’un.
2033 se prĂ©pare dĂ©jĂ
Le cardinal Reina évoque également le Jubilé de la Rédemption de 2033.
Cela peut sembler lointain.
Sept ans seulement sĂ©parent pourtant l’Église de cette Ă©chĂ©ance traditionnellement associĂ©e aux deux mille ans de la mort et de la RĂ©surrection du Christ.
Rome commence donc déjà à regarder au-delà du Jubilé de 2025.
Cette perspective donne une profondeur supplémentaire au travail pastoral.
Il ne s’agit pas seulement de trouver un thème pour l’annĂ©e 2026-2027.
Il s’agit de prĂ©parer progressivement une ville et une Église Ă un nouveau grand rendez-vous chrĂ©tien.
Le pape mondial redevient pasteur local
La scène possède quelque chose de salutaire.
Le mĂŞme homme qui reçoit des chefs d’État et des Ă©vĂŞques du monde entier doit Ă©couter les problèmes d’une famille romaine.
Le mĂŞme pape qui parle de paix internationale doit entendre un jeune expliquer ce que signifie croire ou ne plus croire dans la capitale italienne.
Le mĂŞme souverain pontife qui gouverne l’Église universelle doit penser au loyer d’une famille et Ă la solitude d’une personne âgĂ©e.
C’est prĂ©cisĂ©ment le catholicisme dans toute son Ă©trangetĂ© institutionnelle.
Le pape appartient au monde.
Mais il appartient aussi à un diocèse.
Et dans une semaine : la France
Le contraste sera spectaculaire.
Le 25 septembre, Léon XIV quittera Rome pour son voyage apostolique en France.
Le programme officiel prévoit quatre jours particulièrement denses.
À Paris, il rencontrera le président de la République, les autorités et le corps diplomatique.
Il se rendra ensuite Ă l’UNESCO.
Il célébrera les vêpres à Notre-Dame.
Il participera à une veillée avec les jeunes au Stade de France.
Le lendemain, il visitera la Maison Bakhita, rencontrera catéchumènes et néophytes, puis célébrera la messe place de la Concorde.
Il gagnera ensuite Lourdes.
Enfin, le 28 septembre, il se rendra Ă Metz avant de retourner Ă Rome.
Autrement dit, dans quelques jours, Léon XIV sera plongé dans un programme diplomatique, culturel, pastoral et international considérable.
Mais ce 18 septembre, il s’occupe d’abord de Rome.
Rome avant Paris
Cette chronologie donne presque un programme spirituel.
18 septembre : son diocèse.
25 septembre : l’ÉlysĂ©e, l’UNESCO, Notre-Dame, Saint-Denis.
Avant la France officielle, Rome réelle.
Avant les discours internationaux, les paroisses.
Avant le corps diplomatique, une famille, un jeune, la Caritas.
Il serait excessif d’y voir un plan symbolique savamment construit.
Mais l’enchaĂ®nement est rĂ©vĂ©lateur de ce que devrait ĂŞtre une papautĂ© catholique.
L’universel ne supprime pas le local.
Il en part.
Une question pour le pontificat
Cette assemblĂ©e permet aussi de mesurer une tension prĂ©sente depuis l’Ă©lection de LĂ©on XIV.
Le pape peut-il rĂ©ellement ĂŞtre Ă©vĂŞque de Rome tout en gouvernant une Église mondiale de plus d’un milliard de fidèles ?
La papautĂ© moderne demande au mĂŞme homme d’ĂŞtre :
évêque local ;
chef du Collège épiscopal ;
pasteur universel ;
chef d’un État ;
acteur diplomatique ;
autorité doctrinale ;
figure médiatique mondiale.
Le risque est évident : que la première fonction soit écrasée par toutes les autres.
Léon XIV semble au contraire vouloir maintenir visible son lien avec Rome.
Une réforme déjà engagée
Ce souci n’arrive pas de nulle part.
Le 30 juin 2026, LĂ©on XIV a publiĂ© le motu proprio Confirma Fratres Tuos, consacrĂ© Ă l’organisation du Vicariat de Rome.
Le texte a réajusté la gouvernance de son diocèse.
Il a confirmé le rôle du cardinal vicaire, précisé les responsabilités administratives et réaffirmé la participation des fidèles à la mission.
L’assemblĂ©e du 18 septembre donne une dimension pastorale Ă cette rĂ©forme institutionnelle.
En juin, on organisait les structures.
En septembre, on écoute les personnes.
Les deux dimensions doivent fonctionner ensemble.
Note culturelle : pourquoi le pape siège-t-il au Latran ?
Saint-Jean-de-Latran porte officiellement le titre d’archibasilique du Très-Saint-Sauveur et des saints Jean-Baptiste et Jean l’ÉvangĂ©liste.
Elle est la cathédrale de Rome.
C’est donc lĂ que se trouve la cathèdre de l’Ă©vĂŞque de Rome.
Pendant des siècles, le palais du Latran fut également une résidence majeure des papes.
La basilique porte traditionnellement l’inscription la prĂ©sentant comme la mère et tĂŞte de toutes les Ă©glises de la Ville et du monde.
Saint-Pierre est sans doute plus célèbre.
Mais ecclĂ©siologiquement, lorsqu’un pape veut manifester qu’il est Ă©vĂŞque de Rome, le Latran reste le lieu dĂ©cisif.
Souvenirs, souvenirs
Il y a exactement un an, le 18 septembre 2025, le blog s’interrogeait dĂ©jĂ sur l’une des grandes questions du nouveau pontificat :
🕊️ LĂ©on XIV et la liturgie traditionnelle : questions ouvertes
Un an plus tard, l’attention du jour se dĂ©place de la liturgie vers la pastorale romaine, mais une mĂŞme question demeure en arrière-plan : comment LĂ©on XIV entend-il gouverner une Église traversĂ©e par des attentes très diffĂ©rentes ?
Pour aller plus loin
LĂ©on XIV rĂ©forme le Vicariat de Rome : gouverner la Ville pour gouverner l’Église
Le texte indispensable pour comprendre la rĂ©forme institutionnelle qui prĂ©cède l’assemblĂ©e diocĂ©saine de ce 18 septembre.🕊️ LĂ©on XIV, officiellement Ă©vĂŞque de Rome : un pas dĂ©cisif dans son pontificat
Retour sur la prise de possession du Latran et la dimension proprement romaine du ministère pontifical.Léon XIV en France : un voyage déjà hautement symbolique
Pour préparer le déplacement du 25 au 28 septembre à Paris, Saint-Denis, Lourdes et Metz.
Sources
Vatican — Agenda officiel de LĂ©on XIV, AssemblĂ©e diocĂ©saine du 18 septembre 2026
Vatican News — Le Pape inaugurera l’AnnĂ©e pastorale du diocèse de Rome
Vatican — Programme officiel du voyage apostolique de LĂ©on XIV en France, 25-28 septembre 2026
AELF, lectures liturgiques du 18 septembre 2026.
Vidéo
Diocese of Rome Assembly, September 19, 2025 — Pope Leo XIV | Vatican News
L’assemblĂ©e diocĂ©saine de l’annĂ©e dernière Ă Saint-Jean-de-Latran, utile pour comprendre le cadre dans lequel LĂ©on XIV revient aujourd’hui.“Leone a Roma” — Documentary | Vatican News
Le documentaire officiel consacrĂ© aux annĂ©es passĂ©es par Robert Francis Prevost Ă Rome avant son Ă©lection, depuis son arrivĂ©e comme jeune augustinien jusqu’Ă ses responsabilitĂ©s romaines.
Conclusion : ĂŞtre pape commence quelque part
Le pape regarde le monde.
Mais il habite aussi une ville.
Il parle aux nations.
Mais il possède aussi des paroisses.
Il reçoit les ambassadeurs.
Mais il doit également entendre les familles, les jeunes, les pauvres et les solitudes de son diocèse.
Ce 18 septembre, Saint-Jean-de-Latran rappelle donc à Léon XIV ce que la grandeur de la papauté pourrait facilement faire oublier :
Pierre n’est jamais pasteur de l’Église universelle en cessant d’ĂŞtre Ă©vĂŞque de Rome.
Et, une semaine avant de partir pour la France, il y a quelque chose de profondément juste à commencer par là .
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Le pape doit-il consacrer davantage de temps Ă son rĂ´le concret d’Ă©vĂŞque de Rome, ou sa mission universelle rend-elle nĂ©cessairement cette fonction plus symbolique ?
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