Pourquoi la presse semble-t-elle avoir du mal à classer Léon XIV ?

 

Ni « François II », ni retour à Benoît XVI : le voyage en France montre un pape qui brouille les catégories médiatiques habituelles.



28 septembre 2026 · Saint Venceslas

Résumé en latin

Leo XIV diurnariis difficile definiendus videtur. Doctrinam catholicam de vita, familia et radicibus christianis Europae firmiter defendit, dum simul migrantes, dialogum interreligiosum, multilateralismum, pacem atque curam creationis promovet. Non facile igitur vocari potest neque « progressista » neque « conservativus ». Forsitan non Pontifex mutabilis est, sed ipsae categoriae quibus instrumenta communicationis Ecclesiam interpretari solent nimis angustae sunt.

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Un pape que l’on n’a pas encore réussi à enfermer dans une case

Quatre jours en France auront suffi pour faire apparaître un phénomène assez curieux : Léon XIV est abondamment commenté, mais il demeure difficile à classer.

La presse française a évidemment relevé ses prises de position les plus directement opposées aux évolutions législatives françaises. À l’Élysée, Le Monde l’a ainsi décrit comme « offensif » sur les questions bioéthiques après ses critiques de la gestation pour autrui, de l’achat d’organes et de « l’offre d’une mort programmée ». À Lourdes, son opposition à l’euthanasie et à l’aide à mourir est devenue l’un des principaux angles de couverture de son séjour.

Mais quelque chose distingue cette réception de celles qu’ont parfois connues Jean-Paul II et surtout Benoît XVI : pour le moment, la critique d’une position précise ne paraît pas s’être transformée en définition globale du personnage.

Léon XIV n’est pas encore devenu, médiatiquement, « le pape conservateur ».

Il n’est pas davantage devenu « le pape progressiste ».

Et cela complique sérieusement la tâche de ceux qui aiment les catégories simples.

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Le précédent François

Le contraste avec François est particulièrement intéressant.

Dans une grande partie de la presse occidentale, le pape argentin avait acquis très rapidement l’image d’un pontife réformateur et ouvert : simplicité personnelle, attention aux migrants et aux pauvres, écologie, critique du capitalisme, périphéries, dialogue avec le monde contemporain.

Cette image n’était pas entièrement fausse. Mais elle pouvait devenir réductrice.

Car le même François pouvait employer sur certaines questions morales un vocabulaire extraordinairement vigoureux.

En septembre 2024, interrogé après son voyage en Belgique, François déclarait ainsi : « un avortement est un meurtre », avant de qualifier les médecins pratiquant des avortements de « tueurs à gage ».

Difficile d'imaginer formulation beaucoup plus brutale.

Pourtant, cette déclaration n'a pas suffi à transformer durablement François en « pape conservateur » dans l'imaginaire médiatique. Son personnage public était déjà constitué : celui du pape de l'ouverture, des migrants, de l'écologie et des périphéries.

Cela montre quelque chose d'important : l'image médiatique d'un pape ne correspond pas nécessairement à l'addition exacte de ses positions doctrinales.

Elle se construit autour d'un récit.

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Benoît XVI avait le problème inverse

Benoît XVI avait hérité d'un récit médiatique presque exactement inverse.

Avant même son élection, Joseph Ratzinger était le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Son passé de théologien, son goût pour la précision conceptuelle et son rôle de gardien de l'orthodoxie catholique avaient déjà produit une image publique.

Chaque nouvelle intervention risquait alors d'être interprétée à travers cette grille.

Le cas du discours de Ratisbonne de 2006 demeure emblématique. Une citation extrêmement polémique de l'empereur byzantin Manuel II Paléologue sur Mahomet provoqua une crise internationale.

Pourtant, le raisonnement développé par Benoît XVI était précisément dirigé contre l'utilisation de la violence religieuse.

Son sujet véritable était beaucoup plus vaste : le rapport entre foi et raison.

La foi ne peut imposer la vérité par la violence, expliquait-il en substance, puisque la violence contredit la raison et donc la nature même de Dieu.

Le pape développa ensuite une longue réflexion sur l'hellénisation du christianisme, la raison moderne et la rencontre entre la pensée grecque et la Révélation biblique.

Mais la petite partie polémique du discours éclipsa largement l'ensemble.

L'image préalable de Benoît XVI facilitait cette lecture conflictuelle.

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Léon XIV n'a pas encore de personnage médiatique

Léon XIV se trouve aujourd'hui dans une situation différente.

La presse cherche encore à comprendre qui il est.

Le Monde parlait ainsi, à la veille de son voyage français, d'un pape qui « imprime sa méthode, sans rupture avec l'héritage de François ». Le journal relevait simultanément un retour à davantage de formalisme diplomatique et institutionnel et une continuité manifeste avec François sur l'écologie ou les migrations.

Cette hésitation est révélatrice.

Car depuis son élection, Léon XIV envoie continuellement des signaux qui empêchent une classification trop simple.

Il défend les migrants.

Il condamne l'euthanasie.

Il insiste sur le dialogue interreligieux.

Il rappelle les racines chrétiennes de l'Europe.

Il défend le multilatéralisme.

Il parle de la famille et de la protection de la vie depuis son commencement jusqu'à son terme.

Il met en garde contre le réarmement.

Il revendique la transcendance.

Il accepte pleinement le caractère non confessionnel de l'État.

Il défend une véritable présence des religions dans le dialogue public.

Selon le sujet choisi, on pourrait fabriquer deux Léon XIV presque opposés.

Mais ce serait précisément manquer ce qui commence à caractériser son pontificat.

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Migrants et bioéthique dans le même discours

La journée de Metz est presque une expérience de laboratoire.

Léon XIV y affirme sans détour : « On ne peut donc pas parler de l'Europe sans évoquer le christianisme. »

Quelques minutes plus tard, il parle des migrants, réclame des voies d'entrée légales et sûres, la protection des victimes, la lutte contre les trafiquants et une véritable politique d'intégration.

Il reconnaît le caractère non confessionnel des institutions publiques, puis affirme que la laïcité suppose une « véritable collaboration » entre les pouvoirs publics et les religions.

Il demande aux jeunes de ne pas avoir peur de fonder une famille et de mettre des enfants au monde, tout en les invitant à bâtir une Europe de la rencontre et de la paix.

Ce ne sont pas nécessairement des contradictions.

Elles ne deviennent contradictoires que si l'on considère que la défense des migrants appartient nécessairement à la gauche, les racines chrétiennes à la droite, la bioéthique aux conservateurs et le désarmement aux progressistes.

Le catholicisme raisonne selon une autre architecture.

Et Léon XIV semble particulièrement peu disposé à la traduire dans les catégories politiques contemporaines.

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Le cas de l'euthanasie

C'est probablement sur la fin de vie que la confrontation médiatique française a été la plus visible pendant ce voyage.

Ce n'est guère surprenant.

La France vient de modifier profondément son droit en matière d'aide à mourir. Léon XIV arrive quelques semaines plus tard et parle devant les autorités françaises de « mort programmée ». À Lourdes, sanctuaire profondément associé aux malades et aux personnes fragiles, il insiste à nouveau sur la dignité humaine jusqu'au terme de la vie.

La divergence est réelle.

Il serait artificiel de la minimiser.

Mais ce qui est intéressant est que cette opposition n'a pas suffi, jusqu'à présent, à transformer toute la couverture du voyage en affrontement entre « la France moderne » et « un pape conservateur ».

Les foules de Paris et de Lourdes, les nouveaux baptisés, les jeunes du Stade de France, les victimes d'abus sexuels, les migrants, l'Europe, la paix et Metz ont fourni autant d'autres récits.

Léon XIV n'a donc pas été réduit à la bioéthique.

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Peut-être parce qu'il parle moins en slogans

Son style personnel joue probablement un rôle.

François parlait volontiers par images extrêmement fortes. Ses petites phrases pouvaient devenir des titres presque immédiatement.

Benoît XVI procédait souvent à l'inverse : ses raisonnements étaient tellement construits qu'une phrase isolée pouvait perdre une grande partie de son sens une fois séparée de l'ensemble.

Léon XIV semble chercher une troisième manière.

Son expression est généralement sobre. Ses discours suivent une architecture précise. Il produit relativement peu de petites phrases improvisées et paraît attentif à la cohérence d'ensemble.

Même lorsqu'il exprime un désaccord profond, il l'insère dans un raisonnement plus vaste.

À l'Élysée, la bioéthique est reliée à la dignité humaine.

À Lourdes, la fin de vie est reliée à l'accompagnement des personnes fragiles.

À Metz, les racines chrétiennes sont immédiatement reliées au dialogue avec l'autre.

Cette méthode rend la polémique possible, mais la caricature plus difficile.

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Ni François II, ni anti-François

Il serait tout aussi trompeur de présenter Léon XIV comme une correction du pontificat précédent.

Sur les migrants, l'écologie, la pauvreté, le dialogue interreligieux et la critique d'une économie indifférente aux plus faibles, la continuité avec François est manifeste.

Mais le style change.

Léon XIV paraît davantage attiré par le langage des institutions, de la médiation, du droit et de l'histoire intellectuelle.

À Metz, Robert Schuman lui permet ainsi de relier conviction chrétienne, droit international, réconciliation et construction institutionnelle.

Cette tonalité rappelle davantage certaines préoccupations de Benoît XVI.

C'est peut-être pourquoi les anciennes catégories fonctionnent mal.

Léon XIV n'est pas à mi-chemin entre Benoît XVI et François comme si l'on pouvait placer les papes sur une ligne allant de « conservateur » à « progressiste ».

Il semble plutôt faire fonctionner simultanément plusieurs héritages.

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Et si le problème venait de nos catégories ?

Peut-être faut-il finalement retourner la question.

Ce n'est pas nécessairement Léon XIV qui est difficile à classer.

Ce sont peut-être les catégories utilisées pour classer les papes qui sont insuffisantes.

« Progressiste » et « conservateur » décrivent relativement bien certaines familles politiques. Elles deviennent beaucoup moins précises lorsqu'on tente de les appliquer mécaniquement à la doctrine sociale catholique.

Un pape peut simultanément défendre l'enfant à naître, le migrant, le malade en fin de vie, le pauvre, la liberté religieuse et la protection de l'environnement sans avoir le sentiment de changer de camp.

Le principe qui relie ces positions est ailleurs : la dignité de la personne humaine.

C'est précisément le vocabulaire qui revient continuellement chez Léon XIV.

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Le véritable risque commence maintenant

Cette situation pourrait évidemment changer.

Plus un pontificat avance, plus une image médiatique se cristallise.

Jean-Paul II est progressivement devenu une figure historique gigantesque dont les dernières années ont parfois été relues à travers les débats internes de l'Église.

Benoît XVI a longtemps dû lutter contre une caricature construite en partie avant même son élection.

François a parfois été prisonnier de l'image inverse : celle d'un pape progressiste auquel on attribuait des ruptures qu'il n'avait jamais réellement annoncées.

Léon XIV bénéficie encore d'un privilège rare : son personnage médiatique n'est pas terminé.

La presse hésite.

Les conservateurs peuvent être surpris par certaines de ses paroles.

Les progressistes peuvent l'être par d'autres.

Et cette hésitation n'est peut-être pas un défaut.

Elle oblige, pour une fois, à lire ce que dit réellement un pape avant de décider dans quelle case il doit entrer.

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Sources

☐ Saint-Siège : conférence de presse du pape François au retour de Belgique, 29 septembre 2024

☐ Saint-Siège : Léon XIV, « Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité », Metz, 28 septembre 2026

☐ Le Monde : « Le pape Léon XIV imprime sa méthode, sans rupture avec l'héritage de François »

☐ Le Monde : à l'Élysée, Léon XIV se montre offensif sur les sujets bioéthiques et sur l'IA

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Pour aller plus loin

☐ Léon XIV en France : un voyage déjà hautement symbolique

☐ Léon XIV place le respect de la vie humaine au cœur du mois de juillet

☐ Revue de presse Léon XIV : IA, Eucharistie, écrivains, Metz et FSSPX

☐ Index thématique des articles sur le pape Léon XIV

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