Léon XIV : sans les anciens, l’Église perd sa mémoire


En cette Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, le pape ne demande pas seulement de protéger la vieillesse : il appelle à reconstruire la transmission de la foi entre les générations.



Saints du jour : Joachim et Anne, les grands-parents de Jésus

L’Église célèbre le 26 juillet les saints Joachim et Anne, parents de la Vierge Marie et, selon la tradition chrétienne, grands-parents de Jésus. Leurs mémoires, autrefois célébrées séparément, ont été réunies dans le calendrier romain en 1969. Leur maison symbolise cette transmission silencieuse dans laquelle Marie reçut la foi d’Israël avant de devenir la mère du Sauveur.

Sainte Anne possède aussi un lien particulier avec le Vatican. L’église Sant’Anna dei Palafrenieri est la paroisse de la Cité du Vatican. Plusieurs papes y ont célébré ou prié, et Robert Francis Prevost, alors cardinal, y avait présidé l’Eucharistie pour la fête de Joachim et Anne le 26 juillet 2024.

Summarium Latine

Hac die, qua sancti Ioachim et Anna atque avi omnes honorantur, Leo XIV Ecclesiam hortatur ut foedus inter generationes renovet. Senes non solum cura indigent, sed etiam memoriam fidei, sapientiam vitae atque spem futuris generationibus tradere possunt. Iuvenes autem vocantur ut eos visitent, audiant et a solitudine liberent. Ecclesia sine memoria facile fit institutum sine radicibus; communio vero inter aetates Evangelium vivum custodit.


Ce dimanche 26 juillet 2026, l’Église célèbre la sixième Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées. Le thème choisi par Léon XIV, tiré du prophète Isaïe, tient en une promesse : « Je ne t’oublierai jamais. » Le pape rappelle que Dieu connaît chaque visage et que son amour ne disparaît pas lorsque diminuent la santé, l’autonomie ou la reconnaissance sociale.

L’article du 24 juillet pouvait insister sur la fragilité et l’abandon. La célébration dominicale invite aujourd’hui à franchir une étape supplémentaire. Les personnes âgées ne sont pas seulement des êtres vulnérables auxquels une société généreuse devrait accorder quelques visites. Elles sont également les dépositaires d’une mémoire sans laquelle une famille, une nation et même l’Église risquent de ne plus savoir d’où elles viennent.

Léon XIV ne propose donc pas une journée de bienveillance un peu sentimentale, vite rangée avec les bouquets et les photographies familiales. Il pose une question plus profonde : comment transmettre encore la foi lorsque les générations ne se parlent plus ?

La foi ne se transmet pas comme un dossier administratif

Le christianisme possède des livres, un catéchisme, un droit, des universités et une organisation internationale impressionnante. Pourtant, la foi ne se transmet jamais uniquement par des documents.

Elle passe par des visages, des habitudes, des paroles répétées et des gestes observés pendant l’enfance. Beaucoup ont appris à faire le signe de croix auprès d’une grand-mère, découvert une église en accompagnant un grand-père ou entendu pour la première fois une histoire de saint à la table familiale.

Cela ne signifie pas que tous les grands-parents seraient spontanément croyants ou exemplaires. Léon XIV constate au contraire qu’il est désormais fréquent d’atteindre un âge avancé sans avoir réellement rencontré la foi. Il affirme précisément pour cette raison qu’il n’est jamais trop tard pour revenir vers Dieu, ni même pour « naître à nouveau » dans la vieillesse.

La transmission chrétienne ne fonctionne donc pas dans un seul sens. Les anciens peuvent transmettre leur mémoire aux jeunes, mais les jeunes peuvent aussi permettre à une personne âgée de redécouvrir la prière, les sacrements ou la vie de l’Église.

Une petite-fille peut apprendre le chapelet auprès de sa grand-mère. Mais elle peut également être celle qui l’accompagne à la messe après plusieurs décennies d’éloignement. La chaîne de transmission n’est pas une ligne droite. Elle ressemble plutôt à une circulation de dons entre des générations qui acceptent de se recevoir mutuellement.

Joachim et Anne : une sainteté sans discours conservé

Les Évangiles canoniques ne rapportent aucune parole prononcée par Joachim et Anne. Pourtant, la tradition chrétienne leur reconnaît une place décisive.

Ils n’ont pas prêché devant les foules. Ils n’ont pas fondé de communauté ni rédigé de traité théologique. Leur mission fut d’accueillir Marie, de l’éduquer et de l’inscrire dans l’espérance d’Israël.

Cette discrétion éclaire la vocation des grands-parents. Leur influence est rarement mesurable. Elle ne produit pas immédiatement des statistiques pastorales et ne fait guère l’objet de communiqués. Elle peut pourtant orienter une vie entière.

La transmission se joue parfois dans une phrase que l’enfant ne comprend pas encore, une prière dont il oublie momentanément les mots ou une fidélité dominicale qu’il juge d’abord répétitive. Des années plus tard, au milieu d’une épreuve ou d’une conversion, ces souvenirs peuvent remonter comme une source longtemps enfouie.

Le pape François avait décrit Joachim et Anne comme les maillons d’une longue chaîne ayant transmis la foi jusqu’à Marie. Benoît XVI avait lui aussi confié tous les grands-parents à leur protection, les présentant comme des témoins essentiels de la famille et de la société.

Léon XIV inscrit donc son message dans une continuité pontificale. Mais il le formule dans un contexte marqué par la mobilité géographique, la fragmentation des familles et l’allongement de la vie.

Visiter n’est pas seulement faire preuve de gentillesse

Le pape adresse une demande très concrète aux jeunes : reprendre l’habitude de visiter leurs grands-parents, les personnes âgées de leur famille et celles qui ne reçoivent jamais personne. Il souhaite que la promesse « Je ne t’oublierai jamais » prenne la forme d’une rencontre réelle et affectueuse.

Cette visite n’est pas conçue comme une simple œuvre de politesse. Elle permet de reconnaître que la personne âgée demeure un interlocuteur, et non un dossier médical, une charge financière ou un numéro de chambre.

Visiter signifie aussi accepter un autre rythme. Une personne âgée peut répéter les mêmes souvenirs, hésiter, chercher ses mots ou raconter longuement un détail apparemment insignifiant. L’écoute exige alors une forme de pauvreté : renoncer un instant à l’efficacité, au téléphone qui réclame une réponse et à l’idée que toute conversation devrait produire une information nouvelle.

C’est précisément là que peut commencer la transmission.

Un souvenir répété contient parfois la mémoire d’une guerre, d’une migration, d’un métier disparu, d’une dévotion locale ou d’une manière de traverser le deuil. La personne âgée ne transmet pas uniquement des connaissances. Elle témoigne qu’une existence humaine peut traverser les bouleversements sans perdre toute espérance.

Une Église privée de ses anciens devient amnésique

La place accordée aux personnes âgées constitue également une question ecclésiale.

Une paroisse peut multiplier les activités destinées aux enfants et aux jeunes tout en laissant les plus âgés dans une position passive. À l’inverse, une communauté peut devenir tellement attachée à ses habitudes qu’elle ne laisse aucune place aux nouvelles générations.

Dans les deux cas, la transmission est rompue.

Léon XIV invite implicitement à sortir de cette opposition. Les anciens ne sont pas chargés de garder seuls un monde disparu. Les jeunes ne sont pas appelés à reconstruire l’Église comme si rien n’avait existé avant eux.

Une communauté vivante est celle où l’on peut transmettre sans imposer et innover sans mépriser.

Cette question concerne particulièrement la liturgie. Les personnes âgées ont connu plusieurs formes de vie paroissiale, les transformations consécutives au concile Vatican II, la diminution du nombre de prêtres et parfois la disparition de communautés religieuses autrefois familières. Leur mémoire permet de comprendre que l’Église a déjà traversé des changements considérables.

Mais cette mémoire ne doit pas devenir une arme dans les querelles liturgiques ou générationnelles. Elle doit aider à discerner ce qui mérite d’être conservé, restauré ou renouvelé.

Une Église sans mémoire risque de confondre toute nouveauté avec un progrès. Une Église sans jeunesse risque, elle, de confondre toute fidélité avec l’immobilité.

La transmission ne dispense pas les parents

L’importance des grands-parents ne doit pas conduire à leur confier seuls l’éducation religieuse des enfants.

Dans certaines familles, ils deviennent les derniers croyants pratiquants et tentent de maintenir un lien avec la paroisse. Leur rôle est alors précieux, mais il ne peut entièrement remplacer celui des parents.

La transmission de la foi fonctionne difficilement lorsqu’elle est présentée comme une particularité sympathique de la génération précédente. L’enfant comprend vite que la religion appartient au passé familial, au même titre qu’une recette ancienne ou qu’un meuble hérité.

Le défi pastoral consiste donc à soutenir l’ensemble de la famille. Les grands-parents peuvent ouvrir une porte, raconter, prier et accompagner. Les parents demeurent responsables du climat spirituel quotidien dans lequel grandit l’enfant.

Léon XIV ne propose pas de revenir artificiellement à une famille idéalisée où trois générations habiteraient toujours sous le même toit. Il reconnaît les distances provoquées par le travail, les migrations et les guerres. Il critique également une économie orientée vers le profit qui affaiblit les liens familiaux et laisse de moins en moins de temps aux relations gratuites.

La solution ne sera donc pas purement morale. Il ne suffit pas de reprocher aux familles leur éloignement. Il faut aussi réfléchir au logement, au temps de travail, aux transports, aux établissements de soins et à la manière dont les politiques publiques permettent ou empêchent la proximité entre les générations.

Une journée peu spectaculaire, donc peu médiatisée

La Journée mondiale est largement relayée par les médias catholiques et les organismes du Saint-Siège. Vatican News met en avant la lutte contre la solitude, tandis que le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie fournit aux diocèses des outils pastoraux et demande que la célébration trouve une traduction locale concrète.

La presse généraliste française reste beaucoup plus discrète. La recherche effectuée sur Ground News n’a pas fait apparaître de dossier comparatif important consacré spécifiquement à cette journée. Il serait donc artificiel d’attribuer à sa couverture une répartition idéologique entre médias de gauche, du centre et de droite.

L’absence de controverse explique probablement cette faible visibilité. Un appel à visiter une personne isolée produit moins de titres qu’un conflit diplomatique, une réforme liturgique ou une déclaration politique.

Ce silence médiatique révèle toutefois un choix éditorial. Les événements considérés comme importants sont souvent ceux qui opposent des responsables publics. Les gestes qui réparent lentement le tissu social restent relégués au second plan.

Or une visite hebdomadaire à une personne seule peut transformer davantage une vie qu’un débat très commenté pendant vingt-quatre heures.

L’Angélus attendu à Castel Gandolfo

Léon XIV doit réciter l’Angélus à midi sur la place de la Liberté de Castel Gandolfo. Il s’agira de son dernier Angélus dominical de cette période principale de repos, son retour étant annoncé pour le lundi 27 juillet. Les audiences générales reprendront le 5 août au Vatican.

Au moment de la rédaction, le texte complet de l’Angélus du 26 juillet n’avait pas encore été publié. Il serait donc imprudent de lui attribuer par anticipation des paroles ou des appels précis. Le Saint-Siège a néanmoins déjà inscrit l’intervention dans son calendrier officiel.

Les brèves du pape et du Vatican

Une « sainte rébellion » pour les jeunes Péruviens

Dans un message vidéo adressé aux jeunes de Chota et Cutervo, Léon XIV leur demande de ne pas devenir des « jeunes de fauteuil », endormis dans la routine du « on a toujours fait comme cela ». Il les invite à une « sainte rébellion » capable de transformer les situations de souffrance en espaces d’espérance.

Le pape les appelle à servir particulièrement les personnes oubliées, dans lesquelles se manifeste le visage souffrant du Christ. Cette intervention entretient le lien personnel de Léon XIV avec le Pérou, où il a exercé une grande partie de son ministère.

L’Eucharistie au cœur de la communion asiatique

Dans son message à l’assemblée plénière des évêques d’Asie, Léon XIV approfondit le thème abordé depuis plusieurs jours à Jakarta. Il affirme que la solidarité chrétienne ne naît pas d’abord d’une stratégie institutionnelle, mais de la communion au Christ, particulièrement dans l’Eucharistie.

Le pape demande aux Églises locales de développer une spiritualité eucharistique capable de renforcer leur unité et de les rendre davantage aptes à bâtir des ponts entre les peuples du continent.

Un diplomate libanais représentera le Saint-Siège à l’ONU

Léon XIV a nommé Mgr Christophe-Zakhia El-Kassis observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Organisation des Nations unies à New York. Né au Liban, il était jusqu’à présent nonce apostolique aux Émirats arabes unis et au Yémen, ainsi que délégué apostolique dans la péninsule Arabique.

Entré dans le service diplomatique du Saint-Siège en 2000, il a notamment travaillé en Indonésie, au Soudan, en Turquie et à la Secrétairerie d’État. Sa nomination place un diplomate connaissant le Moyen-Orient dans l’une des principales tribunes multilatérales du monde.

Fin de la pause principale à Castel Gandolfo

Le séjour estival commencé le 5 juillet s’achève officiellement le 27 juillet. Léon XIV aura maintenu ses Angélus dominicaux tout en suspendant ses audiences publiques, privées et spéciales.

Cette période n’a pourtant pas été entièrement inactive : le pape a envoyé plusieurs messages, effectué des visites privées et suivi les dossiers diplomatiques par l’intermédiaire de la Curie et de ses représentants.

Actualité du Vatican et de la Curie

La nomination de Mgr Christophe-Zakhia El-Kassis constitue la principale décision institutionnelle publiée le 25 juillet. Le Saint-Siège possède auprès de l’ONU un statut d’observateur permanent, qui lui permet de participer aux travaux de l’Assemblée générale et des différents organismes sans devenir un État membre votant.

Ce choix rejoint plusieurs priorités du pontificat : diplomatie multilatérale, prévention des conflits, défense de la dignité humaine et attention au Moyen-Orient. Il faudra toutefois attendre ses premières interventions à New York pour déterminer les dossiers auxquels le nouvel observateur donnera la priorité.

Éphéméride de la papauté

26 juillet 2022 : François célèbre les grands-parents de Jésus à Edmonton

Le 26 juillet 2022, lors de son voyage pénitentiel au Canada, le pape François célébra la messe à Edmonton pour la fête des saints Joachim et Anne.

Il rappela que Jésus avait lui-même connu la tendresse et la sagesse de ses grands-parents dans la maison familiale. François invita les fidèles à revenir aux « sources de la vie » : Dieu, les parents et ceux qui ont transmis la foi avant eux.

Cette célébration se déroulait dans le contexte de la demande de pardon de l’Église auprès des peuples autochtones pour les souffrances liées aux pensionnats. La mémoire familiale y prenait donc une signification particulière : transmettre ne consiste pas seulement à conserver les souvenirs glorieux, mais aussi à reconnaître les blessures, les fautes et les ruptures qui marquent une histoire.

Quatre ans plus tard, Léon XIV reprend cette attention aux anciens dans un contexte différent, mais avec une même conviction : une société ne peut construire son avenir en effaçant ceux qui l’ont précédée.

Points à retenir

  • Le 26 juillet est la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées.
  • Léon XIV a choisi pour thème : « Je ne t’oublierai jamais. »
  • L’enjeu ne concerne pas seulement la solitude, mais aussi la transmission de la foi et de la mémoire.
  • Le pape demande particulièrement aux jeunes de visiter les personnes âgées isolées.
  • Joachim et Anne représentent la chaîne familiale ayant transmis la foi jusqu’à Marie.
  • Le texte de l’Angélus du 26 juillet n’était pas encore publié au moment de la rédaction.
  • Léon XIV appelle les jeunes Péruviens à une « sainte rébellion » au service des oubliés.
  • Mgr Christophe-Zakhia El-Kassis devient observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’ONU.

Sources

  • Message officiel de Léon XIV pour la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées.
  • Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, présentation et instruments pastoraux.
  • Vatican News, présentation du message pontifical aux personnes âgées.
  • Vatican News, saints Joachim et Anne.
  • Saint-Siège, calendrier de l’Angélus du 26 juillet.
  • Saint-Siège et Vatican News, message aux jeunes de Chota et Cutervo.
  • Saint-Siège, message à la Fédération des conférences épiscopales d’Asie.
  • Vatican News, nomination du nouvel observateur permanent auprès de l’ONU.

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Les paroisses devraient-elles créer davantage de rencontres entre jeunes et personnes âgées, non seulement pour combattre la solitude, mais aussi pour transmettre la mémoire chrétienne ?

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