Golias et Léon XIV : quand le catholicisme progressiste sort satisfait du voyage en France

Un pape à Lourdes, à l’UNESCO, auprès des migrants et devant les racines chrétiennes de l’Europe : comment un même voyage a-t-il pu séduire des sensibilités catholiques aussi différentes ?






Sainte du jour : sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

En ce 1er octobre, l’Église célèbre sainte Thérèse de Lisieux, docteur de l’Église et patronne des missions. Le rapprochement avec le voyage que Léon XIV vient d’achever en France n’est pas sans intérêt. Thérèse n’a jamais parcouru les terres de mission dont elle est devenue la patronne ; elle voulait pourtant rejoindre le monde entier par la prière et la charité. Léon XIV, lui, vient de parcourir une France largement sécularisée en essayant de parler à la fois à ceux qui fréquentent encore les églises et à ceux qui en ont depuis longtemps perdu le chemin.

Résumé en latin ecclésiastique

Iter apostolicum Leonis XIV in Galliam responsiones etiam inter catholicos diversarum opinionum excitavit. Commentarium « Golias », inter voces progressivas catholicismi Gallici numeratum, die XXX Septembris de itinere scripsit quod « ultra promissa sua processit ». Haec aestimatio eo magis notanda est quod Pontifex non solum de migrantibus, dialogo interreligioso, pace atque cooperatione internationali locutus est, sed etiam de dignitate vitae humanae, radicibus christianis Europae, missione Ecclesiae, devotione mariana et necessitate evangelizandi. Iter Francicum fortasse ostendit Leonem XIV non diversas partes Ecclesiae alternatim placere velle, sed elementa quae hodie saepe opponuntur in eadem visione catholica coniungere.

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Quand Golias trouve lui aussi son compte dans le voyage de Léon XIV

Il fallait probablement s’y attendre du côté des médias catholiques proches du centre institutionnel. Il était déjà plus remarquable de voir certains observateurs conservateurs reconnaître que le voyage avait été un succès malgré leurs réserves sur plusieurs aspects du pontificat. Mais voici maintenant Golias. Le 30 septembre, le magazine publie une « Chronique d’un voyage qui est allé au-delà de ses promesses ». Rien que le titre mérite attention.

Golias appartient depuis longtemps à cette famille du catholicisme français qui regarde volontiers l’institution avec un œil critique et accorde une grande importance aux questions sociales, aux responsabilités des laïcs, à la place des femmes, à l’accueil des personnes marginalisées, au dialogue œcuménique et interreligieux ou encore aux évolutions de la société. Autrement dit, nous ne sommes pas exactement dans l’univers de Benoît-et-moi. Pourtant, à quelques jours d’intervalle, les deux sensibilités reconnaissent chacune à leur manière que le voyage a compté. L’une tempère l’enthousiasme en refusant de parler de « triomphe », l’autre considère que le déplacement est allé au-delà de ce qu’il promettait.

Cette rencontre des contraires est d’autant plus curieuse que Léon XIV n’avait pas préparé un voyage spécialement taillé pour le catholicisme progressiste. Il n’a pas évité Lourdes, la procession mariale ou les racines chrétiennes de l’Europe afin de mettre exclusivement en avant les thèmes sociaux. Il n’a pas davantage conçu son séjour pour satisfaire les seuls catholiques attachés aux formes classiques de la piété. En quatre jours, il est passé de l’Élysée à l’UNESCO, de Notre-Dame au Stade de France, de la Maison Bakhita à la place de la Concorde, puis de Lourdes à Metz. Le programme officiel du voyage ressemblait moins au manifeste d’une sensibilité ecclésiale qu’à une traversée presque complète du catholicisme français.

C’est probablement là que se trouve la première raison du succès : chacun a pu reconnaître une partie de ses préoccupations, sans que le pape paraisse abandonner les autres. Les catholiques engagés auprès des migrants ont entendu Léon XIV à la Maison Bakhita ; ceux qui s’inquiètent de la transmission ont vu les jeunes et les catéchumènes occuper une place considérable ; les fidèles attachés à la dévotion mariale ont retrouvé Lourdes dans toute sa dimension de pèlerinage ; ceux qui réfléchissent à la présence chrétienne en Europe ont entendu à Metz un pape rappeler explicitement que l’on ne peut raconter le continent en faisant abstraction du christianisme. Le dossier consacré au voyage par cath.ch souligne lui aussi ce discours messin sur une Europe appelée à être « solidement enracinée ».

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Un pape progressiste à Paris et traditionnel à Lourdes ? La lecture est trop simple

Il serait très facile de découper le voyage en deux. D’un côté, on placerait l’UNESCO, les migrants, le dialogue interreligieux, la coopération internationale et Robert Schuman. De l’autre, Notre-Dame, Lourdes, le rosaire, les évêques, la doctrine morale et les racines chrétiennes. On obtiendrait alors deux Léon XIV : le premier susceptible de plaire à Golias, le second aux catholiques conservateurs.

Ce serait sans doute une erreur.

Le même pape qui intervient dans une institution internationale se rend quelques heures plus tard à Notre-Dame sans réduire le christianisme à un élément du patrimoine national. Le même pape qui rencontre les migrants à Paris passe ensuite une journée entière à Lourdes au milieu de la piété mariale, des malades et des pèlerins. Le même pape qui dialogue avec les autres religions à Metz parle également d’une Europe qui ne peut comprendre son histoire sans le christianisme. Cette cohérence n’abolit pas les tensions, mais elle oblige à sortir d’une lecture où chaque thème aurait nécessairement sa couleur idéologique.

C’est justement l’une des difficultés du catholicisme français contemporain. Beaucoup de sujets ont été progressivement distribués entre familles ecclésiales. Les questions de liturgie, de tradition, de morale familiale et d’identité chrétienne sont facilement associées au monde conservateur. Les migrants, l’écologie, le dialogue interreligieux, la participation des laïcs ou la lutte contre les exclusions sont plus volontiers attribués au monde progressiste. Pourtant, rien n’oblige doctrinalement à ce partage. Un catholique peut parfaitement défendre une liturgie enracinée, réciter son rosaire, s’opposer à l’euthanasie et considérer simultanément l’accueil de l’étranger ou la justice sociale comme des exigences évangéliques.

C’est aussi ce qui explique pourquoi la France catholique actuelle ne se laisse plus parfaitement enfermer dans les catégories héritées des années 1970 ou 1980. Sur Cathorico, nous avions essayé de dresser ce paysage dans « Catholicisme progressiste en France : entre ferment de renouveau et lignes de fracture ». Le tableau qui en ressortait était déjà moins simple qu’une opposition entre paroisses vieillissantes à gauche et jeunes traditionalistes à droite. Les baptêmes d’adultes, les nouvelles formes militantes, les conflits liturgiques, les questions féminines et les recompositions générationnelles traversent aujourd’hui les anciennes frontières.

Même la jeunesse chrétienne engagée à gauche ne ressemble plus exactement au catholicisme progressiste de l’après-Concile. Des initiatives nouvelles assument beaucoup plus explicitement la foi, la prière ou l’identité chrétienne tout en maintenant un engagement social et écologique marqué. C’est notamment ce que nous avions observé autour du Cri, cette nouvelle voix située au croisement de la foi chrétienne, de la gauche et de formes militantes contemporaines. Le progressisme catholique lui-même est donc en train de se recomposer.

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Léon XIV réussit-il à rejoindre ce catholicisme sans devenir son pape ?

C’est probablement ici que l’article de Golias devient réellement intéressant. Il ne suffit pas de constater qu’un média progressiste a aimé le voyage. Il faut se demander pourquoi un pape qui n’a nullement renoncé à certains thèmes traditionnels peut être entendu favorablement par ce milieu.

Une partie de la réponse tient sans doute à la méthode. Léon XIV paraît moins intéressé par les guerres culturelles internes au catholicisme que par la possibilité de remettre plusieurs préoccupations sous un même toit. Il ne demande pas aux catholiques attachés à la tradition d’abandonner Lourdes pour rendre l’Église fréquentable aux yeux du monde. Mais il ne demande pas davantage à ceux qui prient à Lourdes de considérer l’accueil des migrants ou le dialogue interreligieux comme des distractions progressistes sans rapport avec l’Évangile.

Le problème est particulièrement visible lorsqu’on regarde l’histoire récente du catholicisme progressiste français. Jacques Gaillot en demeure l’une des figures les plus emblématiques. Évêque d’Évreux puis évêque titulaire de Partenia après sa mise à l’écart en 1995, il avait fait des migrants, des exclus, des prisonniers et des personnes homosexuelles quelques-uns des grands thèmes de son ministère public. Son héritage reste discuté, précisément parce qu’il incarne une époque où engagement social et conflit avec l’institution romaine semblaient presque aller de pair. Nous lui avions consacré « Jacques Gaillot, un évêque hors diocèse… ou au cœur du tumulte ».

Or le paysage n’est plus exactement celui-là. L’engagement social n’implique plus nécessairement la même opposition à Rome, pas davantage que la fidélité doctrinale n’oblige à se tenir à distance des questions sociales. On le voit aussi dans la transformation de la vie paroissiale. Au Mans, par exemple, la raréfaction des prêtres conduit des laïcs et des religieuses à assumer des responsabilités considérables dans l’organisation de communautés locales, sans pour autant confondre ces responsabilités avec les ministères sacramentels réservés aux prêtres. C’est une mutation bien réelle du catholicisme français que nous avons étudiée dans « Au Mans, des femmes prennent le relais : quand l’absence de prêtres réinvente la vie paroissiale ».

Léon XIV arrive donc dans une Église où les catégories se déplacent déjà. Son mérite éventuel n’est pas d’avoir inventé ce mouvement, mais peut-être de lui offrir une forme romaine. Il peut parler de justice sociale sans reproduire tous les codes du progressisme catholique ancien, et parler de tradition sans se transformer en chef de la réaction catholique. Voilà sans doute pourquoi plusieurs sensibilités ont pu sortir satisfaites du même déplacement tout en continuant à diverger profondément sur certaines questions.

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Après Benoît-et-moi et Golias, peut-être faut-il cesser de chercher quel camp a « gagné »

La tentation naturelle consiste maintenant à compter les points. Un discours sur la vie humaine serait une victoire des conservateurs ; une visite à des migrants, un point pour les progressistes ; Lourdes ferait pencher la balance d’un côté, l’UNESCO la ferait revenir de l’autre. Mais cette manière d’observer un pontificat risque surtout de nous renseigner sur nos propres catégories.

Le plus étonnant de ce voyage est peut-être précisément que Léon XIV ait pu traverser ces univers sans donner l’impression de devenir successivement plusieurs papes. À Lourdes, il ne s’est pas excusé de la piété populaire. À Metz, il ne s’est pas excusé de dialoguer avec d’autres religions. À Paris, il n’a pas opposé la présence auprès des migrants à la rencontre des autorités civiles ou à la grande messe place de la Concorde. Cette manière d’additionner plutôt que de retrancher explique peut-être mieux le succès du voyage que n’importe quelle stratégie de communication.

Cela ne signifie naturellement pas que les désaccords aient disparu. Golias continuera probablement à souhaiter des évolutions que d’autres catholiques refuseront. Les médias conservateurs continueront à surveiller les nominations, la liturgie et les textes doctrinaux. Et Léon XIV devra nécessairement prendre des décisions qui, cette fois, ne permettront pas toujours de satisfaire simultanément des attentes contradictoires.

Mais pendant quatre jours, quelque chose d’assez rare s’est produit : des catholiques qui ne lisent pas les mêmes journaux, ne fréquentent pas toujours les mêmes paroisses et ne mettent pas spontanément l’accent sur les mêmes aspects de la foi ont pu regarder vers le même homme et y trouver chacun quelque chose de catholique.

Lorsque Golias intitule son bilan « Chronique d’un voyage qui est allé au-delà de ses promesses », la formule dit peut-être plus que son auteur ne l’imaginait.

Le voyage est allé au-delà de ses promesses parce qu’il n’a pas simplement réussi son programme.

Il a, pendant quelques jours au moins, dépassé certaines de nos étiquettes.

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Pour aller plus loin

Catholicisme progressiste en France : entre ferment de renouveau et lignes de fracture
Un panorama des recompositions du courant progressiste, entre questions sociales, liturgie, place des femmes, nouvelles générations et tensions avec les autres sensibilités catholiques.

Le Cri : une nouvelle voix chrétienne entre foi, gauche et radicalité joyeuse
Une autre génération de chrétiens engagés à gauche, qui assume plus explicitement sa foi tout en maintenant un engagement social, écologique et politique marqué.

Jacques Gaillot, un évêque hors diocèse… ou au cœur du tumulte
Retour sur l’une des grandes figures du catholicisme progressiste français de la fin du XXe siècle, et sur un héritage qui reste discuté.

Au Mans, des femmes prennent le relais : quand l’absence de prêtres réinvente la vie paroissiale
Un exemple concret des transformations actuelles de la vie paroissiale et de la place croissante des laïcs et des religieuses dans l’organisation des communautés.

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Sources

Golias : « Chronique d’un voyage qui est allé au-delà de ses promesses », 30 septembre 2026

Site officiel du voyage de Léon XIV en France : programme, discours et homélies

Conférence des évêques de France : dossier consacré au voyage de Léon XIV en France

Cath.ch : dossier « Voyage du pape en France »

Cathorico : index thématique du catholicisme français

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Et vous ?

Le fait que Golias comme des observateurs beaucoup plus conservateurs aient chacun trouvé des raisons de saluer ce voyage vous paraît-il révélateur d’un style propre à Léon XIV ?

Le pape parvient-il réellement à remettre ensemble des dimensions du catholicisme que nous avons pris l’habitude d’opposer, ou cette coexistence trouvera-t-elle rapidement ses limites ?

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